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«Squash», pamphlet pour un sommeil insoumis

La cultissime compagnie Les 3 points de suspension délivre une satire à haute charge voltaïque.

Antoine Frammery prépare un rêveur à l’interaction neurologique.
Antoine Frammery prépare un rêveur à l’interaction neurologique.
SOFI NADLER

Ils déplacent les foules où qu’ils aillent. Déclenchent l’hystérie sur les routes de France, de Navarre et de Suisse romande. Qu’ils squattent l’espace urbain («Looking for Paradise», «Bains publics»), qu’ils investissent des appartements privés («OFF!»), qu’ils occupent des salles d’exposition («Et plus si Affinités»), ou qu’ils se restreignent à un plateau de théâtre – comme actuellement au Loup avec «Squash» –, Les Trois Points de suspension relèvent du phénomène. Tantôt en leur nom propre, tantôt sous celui de leurs alter ego de l’association 3615 Dakota, ils renversent sur leur passage tout ce qui devrait tenir debout. Un cyclone. Mais anonyme, celui-là, car Antoine Frammery, Nicolas Chapoulier, Beau Anobile, Paul Courlet, Franck Serpinet et consorts adoptent un «nous» favorable au collectif indéfini.

Leur méthode? Recycler leur panoplie de sacs-poubelles, slips kangourous, cubes en plexi, casques à plumes, confettis dorés, guirlandes lumineuses, souffleries et autres outils de balnéothérapie plus ou moins sanglants. Disséminer ces éléments dans une cascade de bons mots et d’ingéniosités loufoques. Y verser un humour subversif biberonné moins encore aux Monty Python qu’aux inepties de la novlangue. Et passer le tout au tamis d’un système logique binaire, une arborescence de concepts triés en mode «ou» ceci (la montagne), «ou» cela (la mer).

Concrètement, à la Queue d’Arve, on entre ces jours en interaction avec le subconscient d’un dormeur grâce à des stimulations neurologiques prises en charge par la performance! Damien (appelons ainsi le volontaire du soir), dûment coiffé d’électrodes, s’allongera dans une capsule. Rebaptisé Nathalie pour des raisons de quotas féminins, son inconscient affichera ses réactions sur des écrans médicaux selon la phase de sommeil traversée. Tout le reste du plateau sera dévolu à la tchatche, aux tours de magie, aux pitreries chorégraphiques et aux mielleux refrains du groupe, ainsi qu’à leurs effets sur l’assistance davantage que sur le cobaye – on l’aura compris.

L’expérimentation se déroule en deux temps. Le génial Antoine Frammery, blouse blanche, cravate et micro serre-tête, commence par dérouler une délirante conférence portant sur la colonisation du roupillon par l’ordre économique et son corollaire, le «marché du conscient». Une acrobatique algèbre de notions abstraites (progrès, bien-être, croyance, développement personnel, bonheur…) convainc l’esprit le plus cartésien du potentiel de liberté niché entre les bras de Morphée.

La seconde partie consiste, aussitôt atteint le cycle lent de Damien, à entrer directement en relation avec son inconscient dans le but de l’émanciper. Si la promesse introductive fait saliver autant que jubiler, la démonstration, plus brouillonne, peine – ô si peu! – à garder le niveau. Elle réalise cependant l’exploit de faire jouer les comédiens entièrement en play-back, sur une bande préenregistrée, histoire de coller à l’univers onirique de Nathalie. Une giclée d’hémoglobine sur des organes génitaux mâles cachés sous leur coton immaculé produit, elle aussi, une image susceptible de se graver dans les mémoires. Selon les dires des artistes, «Squash» conclut un triptyque axé sur les rapports entre conscient et inconscient. «Bientôt, nous reviendrons à des projets plus explosifs!» On n’ose même pas imaginer.

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«Squash» Théâtre du Loup, jusqu’au 10 nov., 022 301 31 00, www.theatreduloup.ch

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