Un souffle délicat se pose à l’Hermitage

Exposition La Fondation lausannoise enchante avec plus de 150 pastels et innove dans cette exposition qui traverse les siècles.

Buste de femme endormie de Picasso de la collection Planque.

Buste de femme endormie de Picasso de la collection Planque. Image: LUC CHESSEX/SUCCESSION PICASSO

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Tout y est déjà, la caresse d’un instant de grâce, l’élégance de la matière, l’art de capturer une carnation de porcelaine et la volatilité d’une âme livrée au mystère. Pourtant, ce ne sont que les balbutiements d’une technique dans l’histoire de l’art et presque les premiers traits au pastel de l’Italien Federico Barocci. L’émerveillement est là, saisissant, à peine avancés les premiers arguments de «Pastels du XVIe au XXIe», l’exposition événement de la Fondation de l’Hermitage.

Son intensité ne cessera pas, au contraire, l’enchantement se renouvelle devant chaque facture, devant chaque expérimentation. Sans exception. De cette poudre qui rehausse le dessin au XVIe siècle aux éclats injectés de puissance qui s’affirment sur la toile au XXIe, de ces portraits enjôleurs aux fulgurances abstraites ou minimalistes, d’un pastelliste star du XVIIIe mondain, le Genevois Jean-Etienne Liotard, à un contemporain saturant la couleur et précisant les lignes à l’extrême, le Vaudois Nicolas Party.

La réunion est exceptionnelle, le pastel y déroule une histoire et en révèle mille autres. Celle d’un médium rapide, souple, noble comme ces connivences, ces coïncidences et ces surprises qui innervent un parcours. La subtile inversion de camaïeux signée Liotard, tenue souris sur fond gris-brun pour le portrait de Madame Naville, le contraire pour Monsieur. La synthèse voluptueuse de Paysage des Alpes (suisses) d’Élisabeth Vigée Le Brun qui ne fait pas son âge. La révélation d’un Sisley en pastelliste presque illustrateur. La si maligne transparence d’une voilette de Manet. Ou encore le pigment pur fait mélancolie chez Giovanni Segantini, force de la nature chez Eugène Grasset, art de la couleur chez Giovanni Giacometti.

Tous palpitent, l’envie de les citer tous est irrésistible. Tant cette exposition dont Sylvie Wuhrmann rêvait depuis vingt ans foisonne de petits miracles. Le résultat d’une chasse aux raretés habituées à se terrer dans les réserves en se méfiant de la lumière et du moindre mouvement susceptible d’altérer leur essence. Ces nuances qui flottent ou qui miroitent. Ces traits vaporeux, soyeux. Mais il faut voir le sourire de la directrice des lieux, le rêve s’est plus que réalisé, il s’est accompli dans une forte actualité pour le médium de l’ombre. Une grosse vente à Londres. Une expo au Petit Palais à Paris. Si cette dernière, focalisée sur des feuilles impressionnistes et symbolistes du XIXe siècle ne convainc pas, plus opportuniste que sensuelle, l’histoire est encore à écrire pour le Degas mis en vente fin février par Christie’s avec une estimation haute à 13,7 millions d’euros. Un grand pastel, aussi grand, mais antérieur aux Danseuses de la Fondation de l’Hermitage.

«C’est avec elles que tout a commencé, confirme Sylvie Wuhrmann. Lorsqu’elles sont arrivées ici grâce au legs de Lucie Schmidheiny, c’était la première fois que je voyais un pastel de si près. Le choc! J’ai immédiatement eu l’envie de faire quelque chose autour de cette technique et de son histoire. Mais sachant les difficultés à faire voyager ces œuvres, nous avons commencé par les portfolios suisses et, au final, c’est la fabuleuse richesse – et générosité – des collections publiques et privées qui font l’exposition.» Cette découverte de Miró, pastelliste flamboyant. Le retour pour l’occasion d’une belle endormie de Picasso appartenant à la collection Planque. Le trop rare Sam Szafran et les vertiges d’un œuvre éminemment mental. Ou encore le story telling en cinq chapitres à la fois synthétiques et sibyllins de l’Américaine Roni Horn.

D’abord couleur, puis contour, enfin atmosphère, geste ou pure trace, le pastel a traversé toutes les révolutions de l’art. La belle idée de l’exposition lausannoise est de le suivre dans cette aventure infinie et de le montrer dans tous ses désirs virtuoses pour une matière sensuelle. Elle s’achève sur la puissance métaphysique des grands formats sur toiles ou sur les murs de Nicolas Party. «J’adore le fait que le pastel ne soit pas fixé. Cette symbolique de l’éphémère me plaît, confie-t-il dans un entretien. L’idée que le pastel est déposé, qu’il peut disparaître en un coup de vent, rend l’œuvre très fragile. Ce qui est beau aussi, c’est que l’œuvre puisse être parfaitement identique un siècle après avoir quitté l’atelier de l’artiste - si la poudre n’est pas tombée.» La preuve… par 150 à la Fondation de l’Hermitage!

Lausanne, Fondation de l’Hermitage
Du 2 fév au 21 mai
ma-di (10h-18h), je (10h-21h)

(TDG)

Créé: 14.02.2018, 11h14

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Ou le nombre de collections privées ou publiques en Suisse qui ont consenti un prêt pour arriver à un total de 150 œuvres. «Quand on sait que toutes doivent être transportées à plat, je vous laisse imaginer la logistique mise en place», note Sylvie Wuhrmann.

Certaines n’ont pas eu besoin de voyager dont Les danseuses de Degas appartenant à la Fondation et la dernière pièce de l’expo créée in situ par l’ancien Ecalien Nicolas Party.

Dans la boîte

Les pionniers – Léonard de Vinci en tête – parlaient du pastel comme le moyen de «colorier à sec». La recette? Un mélange de pigments purs, de minéral blanc (la charge) avec un liant (souvent de la gomme arabique ou, au XXe siècle, de l’huile). La préférence va à un support papier qui accroche mieux cette matière poudreuse que certains ont tenté de fixer avec des laques ou qui, longtemps, ont dû adapter leurs œuvres au format des vitres pouvant les protéger. Vendus sous forme de bâtons, le pastel a aussi eu Lausanne pour capitale au XVIIIe siècle alors que l’Europe venait se fournir chez Bernard-Augustin Stoupan.

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