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«Soudain l’été dernier», l’ordre du monde a vacillé

Éric Devanthéry s’aventure dans les moiteurs labyrinthiques de Tennessee Williams. On se laisse attraper.

Catherine (Rachel Gordy) révèle l’indicible à ses proches.
Catherine (Rachel Gordy) révèle l’indicible à ses proches.
CEDRIC VINCENSINI

Tennessee Williams fait suer. Chez l’auteur d’«Un tramway nommé Désir», de «La chatte sur un toit brûlant» ou de «La ménagerie de verre» (à voir, du reste, prochainement au BFM), tout transpire, tout suinte, tout sécrète. À commencer par le psychisme humain, ses interdits visqueux, ses secrets suffocants, ses refoulements fiévreux. La folie s’y attrape comme une maladie infectieuse. Et le visiteur s’y laisse capturer comme le moucheron par la plante carnivore.

En fin lettré, le Genevois Éric Devanthéry a la passion de tels marécages. Ce qui se trame par-dessous fascine le metteur en scène et traducteur, aux manettes depuis 2015, avec sa compagnie Utopia, de ce Théâtre Pitoëff historiquement glorieux mais architecturalement dérobé. Après s’être frotté à Büchner, Schiller, Shakespeare ou son camarade Jérôme Richer, voici que le quadragénaire remonte ses manches, se munit d’un éventail et va s’enfoncer dans la vase d’un «Soudain l’été dernier» largement popularisé par le classique hollywoodien tourné aussitôt après sa parution, en 1959, par J. L. Mankiewicz.

On se souvient ainsi comment Catherine, internée dans un hôpital psychiatrique, se voit acculée par son médecin à raconter la mort du trouble Sebastian à la dominatrice mère de ce dernier. On se souvient de l’indicible pédérastie du jeune défunt. De l’image de bébés tortues attaqués par les rapaces pour dire son déchiquetage par des enfants prostitués en Espagne. Surtout, on se souvient comment des personnages habitués à s’acheter les uns les autres chavirent un à un dans une aliénation plus profonde, mais plus acceptable, que celle pointée chez la protagoniste.

En posant son élégante scénographie sur une tournette, Devanthéry insiste d’abord sur ce vacillement. Face à la vérité qui afflue, chacun sera littéralement pris de vertige et titubera vers son dénouement dans une chorégraphie collective. Mais le metteur en scène – dont l’audace a, semble-t-il, été jugulée par les ayants droit de l’œuvre originale – choisit aussi de dédier ce drame de l’homosexualité à ses comédiennes. La jeune Rachel Gordy irradie comme une Marion Cotillard; Nathalie Cuendet exsude une autorité redoutable; enfin, Martine Paschoud exhale un magnétisme qui déborde largement son rôle secondaire.

«Soudain l’été dernier» Théâtre Pitoëff, jusqu’au 11 mai, 022 808 04 50, www.pitoeff.ch

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