Solidaires, les théâtres ne lâchent pas leurs troupes

Covid-19Plusieurs établissements s’engagent à honorer les contrats des spectacles annulés.

La distribution au complet de «La fausse suivante», production maison du Théâtre de Carouge, annulée après sa 7e représentation alors qu’elle devait en compter le triple.

La distribution au complet de «La fausse suivante», production maison du Théâtre de Carouge, annulée après sa 7e représentation alors qu’elle devait en compter le triple. Image: CAROLE PARODI

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Chronologiquement, les arts vivants sont les premiers à avoir payé le tribut de la crise sanitaire – tribut qui n’a cessé de s’alourdir depuis. Les annulations de spectacles, intervenues dès le début du mois, ne laissaient pas encore présager le désastre humain, économique, social qu’allait entraîner la pandémie. Pourtant, aussitôt pressenti le danger guettant ceux par qui la magie de la scène arrive, nombre d’institutions ont annoncé leur engagement à honorer les contrats concernant les représentations résiliées, et ce aussi longtemps que se prolongeront les fermetures.

Six directions font le pas

Dès le 14 mars – soit une semaine avant que le Conseil fédéral ne prenne ses mesures d’urgence envers les acteurs des domaines de la culture – l’Association pour la danse contemporaine, la Comédie, le Théâtre du Grütli, celui de Carouge, d’Am Stram Gram et des marionnettes de Genève ont exprimé leur solidarité sonnante et trébuchante.

«Les cachets des spectacles et les salaires seront versés que les séances aient lieu ou non», a ainsi promis le Grütli. Interrogée sur la charge que représente cette décision, sa codirectrice Barbara Giongo explique que la saison en cours avait été intégralement budgétée au préalable, sur la base de son subventionnement par la Ville. «L’argent était dans les tuyaux, destiné à nos permanents, aux auxiliaires prévus pour chaque spectacle, aux acteurs, tout le monde.» Et de détailler que les théâtres coproducteurs, comme c’est le cas du Grütli, paient les compagnies, lesquelles, grâce à leurs propres sources de financement, salarient à leur tour leurs membres selon un «effet domino». Elle ajoute que «nous réalisons actuellement des économies sur les défraiements annexes, tels que nuits d’hôtel, trains, repas, puisqu’ils n’ont plus lieu d’être». En revanche, «même en temps normal, nous ne tablons pas sur les recettes de la billetterie, nos tarifs étant très bas». «Le plus pressé», pour le Centre de production et de diffusion des arts vivants, «consiste à soutenir les artistes indépendants, par définition précaires».

Les abonnés à la rescousse

Similaire son de cloche du côté du Théâtre Am Stram Gram, au bénéfice de subventions de la Ville également, du DIP et de fonds privés, dont l’administratrice Aurélie Lagille évalue les recettes de la billetterie à 7 ou 8% du budget global. «Les cachets de cession, calculés depuis un an, seront versés aux compagnies, assure-t-elle. La chaîne sera ainsi respectée.» Si des pertes seront enregistrées faute de billets vendus à l’unité, la responsable note que les abonnés «ne demandent pour l’instant pas à être remboursés», et que le DIP s’est engagé à prendre en charge les scolaires. «On n’est pas en déficit, complète-t-elle, on ne recourra donc pas au chômage partiel.»

L’administrateur du Théâtre de Carouge estime pour sa part à 250000francs le manque à gagner sur les recettes de la billetterie et du bar. «Par malchance, la fermeture du théâtre est tombée sur notre production maison «La fausse suivante». Réussirons-nous à combler notre déficit sur les prochaines saisons? Le pire scénario serait de devoir limiter nos spectacles futurs à deux comédiens ou à des décors au rabais», commente David Junod. Non sans souligner: «L’urgence consistait à ne pas répercuter les pertes sur la centaine de comédiens, techniciens fixes et auxiliaires, agents d’accueil et de billetterie confondus, liés contractuellement aux représentations. À l’instar de ses confrères chez Am Stram Gram, David Junod se réjouit de constater que «très peu d’abonnés optent pour le remboursement. Les gens sont conscients de nos problèmes, ils jouent le jeu et restent attentifs à ce que la profession ne trinque pas trop.»

Contreparties offertes

Quant au report des spectacles, le Grütli admet avancer «step by step», la programmation de la saison 2020-2021 étant déjà pratiquement bouclée. «Pour le coup, il s’agit d’un jeu de Tetris, qui prendra effet dès la rentrée, début septembre.» Am Stram Gram, par contre, ne pourra pas reprogrammer les titres sacrifiés durant une saison à venir déjà balisée, la dernière, qui plus est, sous la direction de Fabrice Melquiot. Le Théâtre de Carouge, lui, garde espoir de pouvoir reprendre sa création en juin encore.

Si les publics se montrent patients et généreux, c’est peut-être aussi qu’Am Stram Gram, le Théâtre de Carouge et bien d’autres leur offrent des compensations en ligne, qui, de blogs en captations, rivalisent d’inventivité. Les spectateurs non plus n’ont pas été abandonnés…

Créé: 25.03.2020, 19h54

Les réseaux triomphent de l’isolement

Les structures qui relient nos scènes entre elles se mobilisent en ces temps de crise. Plus que jamais, sous le régime du confinement, la survie des plateaux dépend de leur concertation mutuelle. Au niveau national, l’Union des théâtres suisses (UTS) constitue l’organisation faîtière des principaux théâtres professionnels subventionnés dans le pays. Elle réunit 74 institutions, dont 56 dans la région francophone. En tant que section autonome, l’Union des théâtres romands (UTR) regroupe quant à elle 13 théâtres de création, tandis que le Pool des Théâtres romands, lui, rassemble une quarantaine de salles dédiées à l’accueil. En 2017, ces deux associations ont uni leurs forces en créant la FRAS (Fédération romande des arts de la scène), qui porte la voix francophone au sein de l’UTS. Son secrétaire général, Thierry Luisier, en résume la fonction: «Lieu de coordination et d’échange, la FRAS s’occupe de tout ce que les théâtres, c’est-à-dire les employeurs, nos membres, ne peuvent pas faire individuellement.» Sur la solidarité exprimée vis-à-vis des indépendants, il précise que «certains établissements, eux-mêmes précaires, n’ont pas toute la latitude souhaitée et trouvent de justes compromis avec les artistes».

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