Simon Liberati propose «113 études de littérature romantique»

LES LIVRES DE L’HIVER (16) L’auteur de «Jayne Mansfield, 1967» revient avec des textes brefs. L’auteur s’y met très en avant. Mais avec un talent évident.

Simon Liberati lors de l’obtention du Prix Femina pour «Jayne Mansfield 1967» en 2011.

Simon Liberati lors de l’obtention du Prix Femina pour «Jayne Mansfield 1967» en 2011. Image: François Guillot/AFP

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En 2011, il remportait le Femina dans un bruit de tôles froissées. «Jayne Mansfield, 1967» racontait la fin accidentelle de la bombe platinée, Simon Liberati aurait mérité le Goncourt, mais soyons justes. Les jurés de cette prestigieuse sucette pour auteurs en mal de reconnaissance ont rarement bon goût. Il suffit de rappeler leur récent choix de Jérôme Ferrari.

Liberati a passé de Grasset à Flammarion pour son nouvel ouvrage. Un livre bien dodu. Le seul l’annonce d’ailleurs. «113 études de littérature romantique». Il s’agit officiellement d’un essai, mais on connaît les actuels va-et-vient littéraires. Alors que, chez le même éditeur, Alexandre Lacroix qualifie de roman un livre où peu de chose semble inventé («Voyage au centre de Paris»), Liberati parle ici surtout de lui. Moi et les auteurs. Les grands et les petits. Le Français se projette au premier plan. Il sort parfois du sujet. Un chapitre traite des travestis. Un autre de séjours chez les C.-B., en Normandie. Les Cartier-Bresson, sans nul doute. Il y a ainsi beaucoup d’initiales dans le livre. Comme si tout ce qu’il raconte devait se révéler d’une folle indiscrétion.

Le refus du tout-venant

Y devient-il aussi question de littérature seule? Oui. Mais attention! En dépit de l’intitulé, le lecteur ne va pas fatalement se retrouver devant des clairs de lune ou au milieu des ruines d’une église gothique. Il faut prendre le romantisme au sens le plus large. Liberati parle de Proust (mais peut-on encore parler de roman sans citer son nom?) et de Paul Léautaud (alias P.L., bien entendu). Ajoutez Sade. Laclos. Sainte-Beuve, «réservé aux gens qui se sentent vieux.» Bossuet. Rien que des gens morts et enterrés. Il y a longtemps que le Parisien, âgé de 52 ans, ne touche plus le tout-venant des éditeurs actuels. Il remonte en amont. Aux sources. A l’instar de tous les gens cultivés, il relit.

Comme Charles Dantzig, qui propose cette saison «A propos des chefs-d’œuvre» (et qu’il ne semble guère apprécier), Liberati a énormément engrangé de références. Mais dans le désordre. Il prend un volume. S’interrompt. En commence un autre. Voire deux. Aucun ne sera terminé, d’où des souvenirs parfois confus. Il faut le voir corriger une citation, après vérification. Mais n’est-ce pas la première impression qui est la bonne? Est-il interdit de s’approprier quelqu’un qu’on admire (ou alors qu’on déteste, comme Gide)?

Etoiles éteintes

Les 113 essais peuvent se parcourir dans n’importe quel ordre. Ils donnent envie de piocher dedans, comme une boîte de (bons) chocolats. Et cela même si Liberati donne dans le peu recommandable. Avec lui, l’alcool l’emporte sur le thé, la nuit sur le jour, la chambre d’hôtel sur l’appartement, les amis déjantés sur les gens normaux, le jeu sur le calcul.

Il semble du coup permis de sauter un passage. C’est que l’auteur se montre exigeant! Il faut en connaître, du monde, pour ne pas se sentir largué dès la troisième page. Et pas que des plumitifs… Comme chez Proust, l’écrivain cache le mondain. Il dissimule en outre le cinéphile, ami d’étoiles depuis longtemps éteintes. Qui sait encore à quoi ressemblaient Corinne Luchaire, Maria Montez ou Veronica Lake?

Proche de Beigbeder

Vous l’aurez compris. Ces «113 études de littérature romantique» doivent se mériter. L’ouvrage s’adresse à quelques élus. Aux nostalgiques, surtout, même si Liberati sait à l’occasion s’ancrer dans son temps. On le sait ami de Frédéric Beigbeder, auquel il ressemble physiquement un peu. Un compagnon de folles soirées. Disons du coup que Liberati serait un Beigbeder doté de talent. Avec lui, la littérature n’apparaît ici pas comme une chose aseptisée, vendue sous cellophane. Elle se nourrit de la vie.

Pratique

«113 études de littérature romantique», de Simon Liberati, aux Editions Flammarion, 528 pages.

Créé: 24.01.2013, 09h22

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