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Sur le sida, geste et parole se font transgenres

Avec «Angels in America», à la Comédie, le chorégraphe Philippe Saire fait son coming-out de metteur en scène.

Corps à corps de malades, de fantômes et d’espoirs dans l’Amérique réactionnaire de l’ère Reagan.
Corps à corps de malades, de fantômes et d’espoirs dans l’Amérique réactionnaire de l’ère Reagan.
PHILIPPE WEISSBRODT

Dans le dossier de presse qui accompagne «Angels in America», le Lausannois Philippe Saire confie deux éléments de sa biographie. La difficulté qu’il a eue à (faire) accepter son homosexualité pendant les années sida, et son hésitation concomitante à devenir danseur ou comédien. La création ovationnée qu’il signe actuellement de la fresque composée par Tony Kushner en 1991 semble permettre au chorégraphe de transcender l’une et l’autre de ces problématiques: en abordant frontalement la première, et en conciliant la seconde.

Sous-titrée «Fantaisie gay sur des thèmes nationaux», l’épopée enchevêtre en une narration chorale les genres réaliste et fantastique. Un jeune homosexuel plein de grâce (Pierre-Antoine Dubey) se découvre atteint du fatal virus: lésions cutanées, asthénie, hallucinations. Son amant (Adrien Barazzone) prend peur, et va se réfugier dans les bras d’un juriste mormon (Baptiste Morisod), pistonné par un politicien anciennement maccarthyste, le véridique Roy Cohn, lui aussi contaminé par le VIH (Roland Gervet). Mais le fervent provincial, dont l’homosexualité vient d’éclater au grand jour, a aussi une épouse (Joëlle Fontanaz), qui finira par unir platoniquement son dépit à celui du sidéen délaissé. Un infirmier drag queen (Jonathan Axel Gomis) et un ange conservateur (Valeria Bertolotto), ainsi que maintes fumées, images vidéo et musiques, complètent le tableau.

Pourquoi pas, après tout, alimenter une cause LGBT largement soutenue aujourd’hui en remontant aux racines de l’épidémie qui – meurtrier paradoxe – a contribué à son essor? Le fait que bientôt quarante ans nous en séparent n’est pas rédhibitoire en soi. Hélas, la mise en scène de Saire, sa direction d’acteurs, ses effets ornementaux ainsi que son accouplement du texte et du mouvement ne font que souligner la désuétude des dialogues originaux. Le double coming-out vient si tard qu’on soupçonnerait presque l’opportunisme.Katia Berger

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«Angels in America»

Comédie, jusqu’au 18 janvier, Réservations: 022 320 50 01, ou sur comedie.ch

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