Sempé se mouille pour la liberté de la presse

Reporters sans frontièresUne compilation de cent dessins revisite l’univers du célèbre illustrateur français.

Une des illustrations de Sempé publiée dans le recueil «100 dessins pour la liberté de la presse».

Une des illustrations de Sempé publiée dans le recueil «100 dessins pour la liberté de la presse». Image: Sempé/RSF

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Il aime saisir les travers du quotidien, tout autant que nos petits bonheurs et nos fragilités cachées. De sa plume Atome 423, un modèle qu’on ne fabrique plus et dont il s’est constitué un stock destiné à l’accompagner jusqu’à son dernier dessin, Jean-Jacques Sempé croque l’existence en souriant, avec une grâce infinie empreinte d’une douce mélancolie. À l’image de cette fillette étendue dans une prairie, contemplant les nuages défilant dans un ciel inégal. Pleine de tendresse et de poésie, cette merveille d’aquarelle figure en couverture du 61e album publié par Reporters sans frontière. Proposant généralement des photos dans les publications destinées à financer ses actions, RSF compile ici, pour la liberté de la presse, cent dessins parus à différentes périodes de la prolifique carrière de Sempé, 87 ans en août prochain. Autant de pépites, accompagnées par une interview de l’auteur de «Rien n’est simple», «Monsieur Lambert» et autre «Marcellin Caillou».

Sous les toits de Paris et sous le regard de son chat Néfertiti, le dessinateur du «Petit Nicolas» répond aux questions d’Antoine de Caunes. L’animateur de radio et de télévision ne dissimule pas son admiration pour son interlocuteur. «J’ai toujours aimé Sempé et je l’aimerai toujours. À la fois parce qu’il me touche au plus intime [...] mais aussi parce que, depuis toujours, c’est l’un des seuls à parvenir à me rendre le sourire, y compris dans les circonstances les plus sombres. C’est l’humoriste le plus fin, le plus subtil, le plus tendre que je connaisse», confie De Caunes en préambule. Avant de pointer notamment l’importance du verbe chez celui qui se présente comme un laborieux du dessin.

«Les mots m’obsèdent», admet Sempé. «J’adore écrire. Je ne suis ni Proust, ni Molière, ni Shakespeare, mais je fais de mon mieux. Premièrement, ça va plus vite. Et puis, on a l’impression qu’en écrivant, on agit. Quand on dessine, on n’agit pas. De temps en temps, on fait un trait qui va à peu près, on essaye de le préserver, c’est un travail de tâcheron, un peu humiliant, un peu bête et très ingrat.»

Distribuer les torgnoles

Perfectionniste acharné, Sempé, qui n’a jamais hésité à recommencer un dessin que d’autres auraient jugé parfait, ne fanfaronne pas devant la pile de ses albums. S’il ne devait garder qu’une illustration, laquelle choisirait-il? s’interroge de Caunes. «J’ai un peu honte», répond Sempé. «J’aime beaucoup celle du petit mec pas terrible, un peu prétentieux, un petit Français, qui parle à un copain et qui lui dit: «Je suis quand même un type qui aura distribué un certain nombre de torgnoles dans son existence…»

RSF publie bien sûr cet instantané en noir et blanc d’une existence supposément étriquée. Prélude ironique à un joli défilé d’hommes et de femmes plus ou moins à l’aise dans le décor qui les entoure, Paris haussmannien ou province fascinée par le Tour de France. Au bistrot, à l’église, sur une plage ou dans leur petit chez eux, les héros de Sempé ressemblent parfois à des zéros. «Sempé peut être cruel devant la sottise lorsque celle-ci se gonfle d’une vanité qui se nourrit d’imposture», relève Jean-Noël Jeanneney en début de publication. L’historien et homme politique français note cependant que «l’ironie se mue en sourire, nous guidant de la dureté vers la tendresse».

Alerte orange

Précédant la magnifique moisson de dessins de son hôte, RSF propose un tour du monde de la liberté de la presse, notant au passage que les États-Unis sont passés en zone d’alerte orange dans son classement. Pas reluisant. Et Sempé, quel regard porte-t-il sur la presse? «Je lui fais confiance», répond celui qui a collaboré à «Sud-Ouest» aussi bien qu’à «Paris Match», «Le Nouvel Observateur», «Télérama» ou le prestigieux «The New Yorker». «Finalement, petit à petit, la vérité se fait jour… avec beaucoup de difficultés.»

«Sempé, 100 dessins pour la liberté de la presse», Éd. Reporters sans frontières, 144 p.

Créé: 18.07.2019, 15h58

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