Les sculptures de Didier Vermeiren convoquent l’histoire pour façonner le présent

Art contemporainLa galerie Laurence Bernard présente la première exposition personnelle à Genève de l’artiste belge, qui est aussi photographe.

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Sur une haute colonne cubique, à hauteur d’œil, repose un rocher en plâtre ivoréen. Taillé à la manière d’une pierre précieuse, il comporte neuf faces, numérotées comme celle d’un dé. Au mur, quatre photographies figurent cette même sculpture, dont les lignes limpides se trouvent délicatement drapées de tulle. Les clichés la montrent reposant successivement sur chacun de ses côtés, sur fond noir – la série complète en compte donc neuf. Le vaporeux tissu renvoie cette statue éminemment contemporaine à une époque où le ciseau imprimait dans le marbre de savants drapés: ces «Études pour la pierre au voile» trouvent d’ailleurs leur impulsion dans la «Cariatide à la pierre» d’Auguste Rodin.

Explorer le présent en revisitant le passé, citer les grands maîtres tout en faisant référence à lui-même, confronter l’image à l’objet, la matière à l’espace: la réflexion protéiforme autour de l’œuvre d’art fait la substance de la démarche de Didier Vermeiren depuis ses débuts dans les années 70, inscrits dans l’héritage du minimalisme. Laurence Bernard consacre actuellement son espace de la rue des Bains à la première exposition personnelle à Genève de ce sculpteur belge plus coutumier du musée que la galerie. «Ses pièces sont souvent monumentales et peu connues des collectionneurs, précise-t-elle. Raison pour laquelle il me semblait intéressant de les présenter ici.»

Les socles, vaste processus sculptural

L’accrochage regroupe ce qu’indique son titre – «Sculptures/Photographies» – Vermeiren s’adonnant indifféremment aux deux pratiques. Usant d’abord de la pellicule dans l’unique but de documenter son travail, l’artiste s’en sert peu à peu comme outil créatif à part entière. Le premier tirage jamais exposé en tant qu’œuvre d’art, en 1987, a pour nom «Villa Arson». Laurence Bernard l’affiche dans une mouture datant de 2013 et impliquant un procédé de virage au fer qui lui confère une teinte bleutée. La photo représente un ensemble de socles, vaste processus sculptural que le Belge a entamé au début de sa carrière et qui a fait sa renommée, alors qu’il questionnait, en les répliquant, les supports de statues réalisées par d’illustres prédécesseurs, tels Rodin, Jean-Baptiste Carpeaux ou Antonio Canova.

Ses récents «Open Cubes», dont deux exemplaires sont visibles chez Laurence Bernard, rappellent plutôt les structures cubiques de l’Américain Sol LeWitt. Conçu en bois clair d’environ un mètre de côté, l’un d’eux offre une échancrure irrégulière sur le dessus, qui appelle irrémédiablement le regard. Cette béance ouvre sur un intérieur entièrement peint en noir, dont le velouté mat absorbe la lumière. Peut-être le parallélépipède servait-il de fondement à une sculpture qu’il aurait avalée? Ou alors le trou a-t-il été découpé pour ôter ce que le socle soutenait, comme le suggère une photo suspendue en regard de la boîte, où est immortalisée une trace de sciure reproduisant la forme exacte de l’orifice. Comme si l’objet, devenu chambre noire, avait lui-même produit l’image.

Didier Vermeiren, Sculptures/Photographies Jusqu’au 13 juillet à la galerie Laurence Bernard, 37, rue des Bains. www.galerielaurencebernard.ch (TDG)

Créé: 31.05.2018, 16h22

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