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Des «Schtroumpfs» qui mènent vers l’inconnu

Sept enseignants, six artistes et 80 jeunes réalisent «OFF», une performance hors du commun au Théâtre des Grottes. Retournements de situation, émotions fortes et sensations neuves garanties!

Des élèves des Cycles de Budé et Cayla, de l’ECG, de l’Accueil de l’enseignement secondaire II (ACCES, destiné aux jeunes migrants) et de l’École d’assistants socio-éducatifs (CFPSo-ECASE) mettent les immeubles des Schtroumpfs sens dessus dessous avec l’aide d’Adrian Filip et Antoine Frammery (en haut à dr.).
Des élèves des Cycles de Budé et Cayla, de l’ECG, de l’Accueil de l’enseignement secondaire II (ACCES, destiné aux jeunes migrants) et de l’École d’assistants socio-éducatifs (CFPSo-ECASE) mettent les immeubles des Schtroumpfs sens dessus dessous avec l’aide d’Adrian Filip et Antoine Frammery (en haut à dr.).
SOFI NADLER

Casse-tête: comment agglomérer au sein d’un même spectacle un tour en train fantôme, un concert rap, une teuf illégale, une immersion sensorielle, une expérimentation médicale, une rencontre avec des migrants, une visite à une famille disjonctée et l’anniversaire d’un nounours géant? Et encore, la liste des événements à vivre ce week-end aux Schtroumpfs ne s’arrête pas là. Elle vous invite ni plus ni moins à traverser tout le dégradé des émotions, la gamme des humeurs, l’éventail des ressentis possibles. Vous aurez peur, vous éprouverez de l’empathie, vous toucherez de l’eau. Comment donc réunir tant d’ingrédients en deux heures, sans se perdre en route ou crouler sous la masse?

Le défi se corse encore. Comment donner voix au chapitre à une petite centaine de participants au projet – tous âges, toutes origines, toutes compétences confondus? Serait-il envisageable que chacun trouve à s’épanouir dans l’aventure? Y compris le public? Se pourrait-il même qu’une nichée de jeunes de 14 à 18 ans fasse la leçon aux vieux qui viennent les voir? Loin d’ânonner telles tirades du répertoire théâtral en soutirant la compassion de l’audience, voilà au contraire nos amateurs endossant un à un le rôle qui leur convient dans cette chaîne citoyenne et créative. Le trompettiste trompette, la meneuse guide et le poète poétise. Si ce n’est pas du collectivisme démocratique, ça.

Un tour de force de magie

Derrière cette architecture dont les fioritures n’ont rien à envier à celles du quartier – un minimum d’angles droits pour un maximum de liberté – il y a évidemment des cerveaux. Une grosse dose de savoir-faire. Remontons donc au commencement du processus. Suite à une formation continue au sein du DIP, sept enseignants du cycle d’orientation, de l’ECG, des classes d’accueil et de l’École d’assistants socio-éducatifs se sont agrégés autour d’une même volonté: réinventer par l’action concrète une pédagogie fondée sur la créativité, justement.

Institués en collectif Merlin, les profs font appel à la slameuse Malou Volcoff et au rappeur Jonas Brülhart, qui interviennent dès lors dans les classes par le biais d’ateliers d’écriture destinés aux élèves.

Bientôt, deux figures clés des arts vivants genevois rejoignent la troupe en gestation. Le premier, Antoine Frammery, membre de la compagnie des Trois points de suspension, s’attellera à la mise en scène. Le second, Adrian Filip, membre quant à lui du collectif Dakota, deviendra le comédien de référence. En plus de gérer la logistique avec Merlin-les-réenchanteurs, ils impriment cette patte artistique commune, reconnaissable entre mille par l’adepte du spectacle de rue. Ajoutez-y l’apport de Didier Super en concierge intolérant («vous dégagez d’ici, bande de branleurs!») et de Marina Janssens en mère débordée («je fais ce que je peux pour maintenir les règles dans une maisonnée de sept!»), et vous aurez une petite idée de la symphonie atonale qui se trame.

Une nuée d’étourneaux joueurs

Youssef, Shana, Ayoub, Mathilde, Mariana, Simon, Loan, Léa, Maimouna, Eros. Un choix de prénoms aussi hasardeux qu’incomplet, pour pointer les individualités qui composent cette nuée d’étourneaux joueurs. Chacune d’elles, embarquant autant de spectateurs affectés, par groupes, à des trajectoires différentes, étend ses ailes dans la mesure où les autres font de même. Chaque étape, chaque transition repose sur une addition de présences discrètes et cruciales. Indispensables aux petits miracles qui adviennent entre deux stations, les techniciens Michel Guibentif et Alvar Sanchez. Anonymes, les textes imprimés sur feuilles A4 qui fourmillent au gré des itinéraires: «beaucoup de gens autour de toi portent un masque», «arrête de faire des vidéos gênantes, tu le regretteras», y lit-on, ou «la colère est si amère, elle me colle, me rend folle». Contribuer à son tour à la dinguerie communautaire de «OFF»? Oui, en piaillant de bouche à oreille pour faire connaître une utopie qui n’a pas fini de se répandre.

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«OFF» Théâtre des Grottes, sa 17 h et 20 h, di 14 h et 17 h, réservations sur www.weezevent.com/off

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