Zouc quitte sa retraite pour recevoir le Prix des Arts

JuraLe président du gouvernement jurassien a dit: «Elle était celle qui accouche chaque soir sur scène d’une humanité.»

Avec la larme à l’œil et beaucoup d’émotion, elle avouait à Michel Thentz: «Tout ce que vous avez dit me laisse sans voix.»

Avec la larme à l’œil et beaucoup d’émotion, elle avouait à Michel Thentz: «Tout ce que vous avez dit me laisse sans voix.» Image: Laurent Gilliéron/Keystone

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Elle est là, habillée de noir, évidemment, assise parmi le gouvernement jurassien in corpore. Jusqu’au dernier moment, les organisateurs n’étaient pas certains que l’auteure franc-montagnarde viendrait bien à la Nef, au Noirmont, recevoir le Prix des Arts, des Lettres et des Sciences, une distinction quinquennale que la jeune République a dotée en plus de 15 000 francs. Elle est là, donc, d’abord toute timide, avec le souffle de voix que la maladie lui a laissé mais dans lequel on reconnaît immédiatement l’auteure de L’Alboum, cette galerie de personnages qu’elle interprétait avec son visage en caoutchouc, avec cette faculté de passer du drame à l’humour, de Mme Von Allmen à la visite mimée de la galerie d’art, jusqu’à cette «petite fourmi» écrasée par son talent.

Si elle a quitté la scène le 29 avril 1989, jour de son 39e anniversaire, elle est celle qui a inventé une nouvelle forme comique qui inspire toujours des comédiens, des Deschiens à Madeleine Proust, de Palmade à Joseph Gorgoni. Comme le dit le comédien François Morel, «cette grande dame possède une force inouïe. Elle a un sens de l’humanité indépassable.» Le président du gouvernement jurassien, Michel Thentz, a utilisé cette même référence: «Elle était celle qui accouche chaque soir sur scène d’une humanité.»

Pourtant, la vie n’a pas gâté cette fille de famille pieuse, élevée à Saignelégier. Sa révolte, sa défense des minorités, mais surtout son immense sensibilité la mènent jusqu’à un hôpital psychiatrique, dont elle tirera quelques portraits pour ses spectacles. Du Conservatoire de Neuchâtel au théâtre parisien, la jeune femme vit toujours sur un fil ténu entre dépression et création. Parce que Zouc, d’abord, est une auteure de sketches d’une précision chirurgicale, de portraits de personnages d’une finesse extrême. Et le succès est au rendez-vous dès son premier spectacle. Elle séduira les écrivains, Hervé Guibert qui a recueilli ses récits dans Zouc par Zouc – monté depuis par Nathalie Baye, une autre fan, à Vidy et en France –, Maryline Desbiolles, qui lui rend hommage en 2011 dans Une femme drôle, Jérôme Garcin, qui lui voue un vrai culte.

«Cette grande dame possède un sens de l’humanité indépassable»

Comme le raconte Michel Roche, son agent, son compagnon, qui sera avec elle sur les routes de 1978 à 1989, «elle avait un physique de sportive. Il faut ça pour tenir 200 spectacles de deux heures chaque année.» Et c’est bien ce physique qui l’a lâchée. Une opération d’un cancer en 1997 lui fait attraper des staphylocoques dorés. Il faudra neuf autres interventions pour en venir à bout, qui la laisseront sans force, des côtes et des bouts de poumons en moins. Elle a besoin d’assistance respiratoire, de soins intensifs tous les matins. Et la moindre infection lui serait sans doute fatale, ce qui la fait s’isoler des mondanités, elle qui était déjà d’une timidité rare.

Mardi, au Noirmont, elle s’est pourtant lentement détendue, ne voulant discuter qu’avec les ministres et pas avec la presse. Avec la larme à l’œil et beaucoup d’émotion, elle avouait à Michel Thentz: «Tout ce que vous avez dit me laisse sans voix.» L’humour côtoie le drame, comme toujours. (TDG)

Créé: 02.09.2015, 07h36

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Bio exprès

1950 Naît le 29 avril à Saint-Imier, d’un père ingénieur et d’une mère pianiste.

1966 Entre au Conservatoire de Neuchâtel, puis de Lausanne. Séjour en hôpital psychiatrique à la même période.

1970 Départ pour Paris, joue plusieurs rôles dans «Jeux de massacre», d’Ionesco. Rencontre Roger Montandon, qui devient son mentor.

1970 Première représentation de son «Alboum» à la Vieille Grille, à Paris.

1975 Premier rôle au cinéma, dans «Parlez-moi d’amour» de Michel Drach.

1987 Dernier spectacle, «Zouc au Bataclan», tourné jusqu’en 1989.

1988 Molière du meilleur spectacle comique.

1993 Dernier rôle au cinéma, «Roi blanc, dame rouge» de Sergueï Bodrov.

1997 Opération de son cancer, qui lui fait attraper une maladie nosocomiale. Neuf autres suivront, la laissant handicapée.

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