Russin, portail de l’insouciance

ScènesTrois jours durant, le Festival champêtre des arts vivants a servi au public les clés pour une évasion bienfaisante.

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Pour vous accueillir, il y a lui, un tracteur d’un autre temps qui semble vous scruter, immobile sur le trottoir, à quelques foulées des tenancières de la caisse. Cet assemblage de ferrailles âgées mais fières est un peu à l’image de ce que le visiteur découvrira en contrebas, en poursuivant son chemin sur une parcelle agricole de Russin. Soit un rendez-vous artistique qui se répète depuis quatorze ans et sept éditions – on marche ici en mode bisannuel – et qui a le pouvoir de suspendre le temps et ses morsures, mais aussi d’alléger les tracas et les contrariétés de tous ceux qui franchissent le seuil d’entrée.

Le Festival champêtre des arts vivants a donc des propriétés qui relèvent de l’envoûtement et de la féerie. Pour la cuvée qui s’est déployée entre vendredi et dimanche, le fondateur et directeur de l’événement, Alexandre Plojoux, a gardé le cap des origines: mimes, clown, artistes de la rue et forains occupent tous les recoins de l’affiche. Mais des ajustements sont intervenus néanmoins sur ces terres qui alternent portions pointues jouxtant les vignobles et parcelles presque planes: le festival est moins dispersé sur sa superficie. «Si la pluie devait s’inviter, tout le monde se retrouverait à l’abri sous une même tente, sans devoir fuir les lieux, explique d’un sourire entendu le directeur.»

Mais ce qui importe est ailleurs. En se laissant dériver dans cet espace prodigieusement décontracté, entre un chapiteau de poche et une scène en plein air, le festivalier aura pu croiser d’étranges personnages, des poètes générant dans un seul mouvement sourires et fragments de mélancolie.

Des couteaux au manège

Il y a Sòmente, par exemple, artiste mime portugais incarnant les désespérantes solitudes d’un vieillard haut perché sur ses échasses. Ses sanglots et ses regards atones ne connaîtront qu’un très bref répit, lorsque le personnage se met à partager des bouts de pains avec des membres du public. On croise aussi Georg Traber, regard clair et habité, verbe teinté par un accent suisse alémanique, costume ample d’un compagnon du bâtiment. Il y a deux ans, il montrait un numéro étonnant, aux côtés d’une très sophistiquée machine mécanique à lancer des couteaux. Pour cette édition? «J’ai récupéré un manège, «Karruzik», que j’ai fabriqué il y a une trentaine d’années et je propose des tours au public, le temps d’une chanson offerte par la voix et la guitare de Stéphanie.»

On teste la machine. La musique démarre et le forain s’élance: dans sa course, il pousse le mouvement circulaire du manège. Il s’empare ensuite d’un long bâton et pousse encore, tel un rameur vénitien. Enfin, le voilà suspendu à la force de ses bras, à l’horizontale, défiant la physique et ses lois. Plus tard encore, on rencontre Cerise, Madame Loyale du festival qui déambule avec son mégaphone, annonce les spectacles et glisse souvent dans des numéros improvisés. «J’aime mener les spectateurs depuis la vie de tous les jours vers des endroits et des numéros enchantés», nous confie-t-elle. À Russin, ce mouvement n’a cessé de générer de l’insouciance bienfaisante. (TDG)

Créé: 10.06.2018, 19h16

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