Opéra des Nations: courte histoire, très longs adieux

ScèneLe bâtiment aurait dû quitter Genève, mais il trône toujours à sa place. Explications.

Après trois ans passés à Genève, l’Opéra des Nations est destiné à une nouvelle vie, dans un quartier de Pékin.

Après trois ans passés à Genève, l’Opéra des Nations est destiné à une nouvelle vie, dans un quartier de Pékin. Image: LUCIEN FORTUNATI

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Il y a six mois, le 3 janvier précisément, une page de l’histoire lyrique genevoise se tournait définitivement. Sur la scène de l’Opéra des Nations (ODN), l’évaporation des dernières notes de «Viva la mamma» de Donizetti annonçait les adieux à la ville de cette belle structure boisée et éphémère, dont les qualités acoustiques et ergonomiques ont très vite conquis les mélomanes. Acheté à Paris, à la Comédie française, puis adapté aux besoins de l’opéra, l’équipement avait pallié trois ans durant la fermeture du Grand Théâtre, qui a fait pendant ce temps peau neuve. Cette courte histoire genevoise, censée prendre fin en juin, se prolonge aujourd’hui avec de longs adieux.

Un contrat rassurant

L’ODN aurait dû disparaître pour filer vers la Chine, où un acquéreur se propose de l’implanter tel quel dans un quartier de Pékin. Les faits disent autre chose: la maison en bois est toujours sous nos yeux, au cœur des sièges des organisations internationales. On la croirait abandonnée à son sort, entourée de gravillons et de mauvaises herbes. Qu’en est-il précisément? Pour en savoir davantage, il faut se tourner tout d’abord vers Lorella Bertani, qui préside la Fondation du Grand Théâtre, unique propriétaire de la structure en question. «Le contrat de vente avec l’entrepreneur chinois n’est aucunement en cause, nous dit l’avocate. Il a été signé par les deux parties il y a longtemps déjà. De son côté, l’acheteur est en possession de tous les permis nécessaires pour rebâtir la structure à Pékin. L’ODN partira, c’est certain. Le retard des opérations de démontage auquel nous sommes confrontés aujourd’hui découle des imprévus qui ont touché le chantier du Grand Théâtre. La nappe phréatique sous le bâtiment a ralenti les travaux et par un effet domino, elle a affecté le calendrier que nous avions établi au départ.»

En se rapprochant un peu plus de la bâtisse et de sa salle aux 1100 sièges, on peut en savoir encore davantage en s’adressant à Claus Hässig. Secrétaire général du Grand Théâtre fraîchement retraité, l’homme a piloté les délicates opérations d’implantation de la structure à Genève, en 2015. Son mandat a été prolongé jusqu’à la fin de ce mois pour accompagner son démontage et son acheminement.

«Le bâtiment est aujourd’hui dans le même état qu’en novembre 2015, au moment où nous l’avons livré aux équipes techniques qui devaient le doter des outils nécessaires pour le rendre fonctionnel. Ce qui veut dire que les lieux sont nus, vidés du matériel qui appartient au Grand Théâtre et que l’acheteur n’emportera pas avec lui en Chine. Il faut par ailleurs avoir en tête qu’une opération de démontage de ce genre est une grande affaire qui requiert beaucoup de temps de préparation. Au moment du déménagement à la place Neuve, nos équipes ont été accaparées par le «Ring» de Wagner. Il nous a donc été impossible de respecter le planning initial. Nous avons procédé il y a peu à un nouvel exercice de rétropédalage et nous avons convenu que d’ici décembre prochain, toute la structure sera acheminée vers un port, probablement Marseille puis, par bateau, vers la Chine.»

Aucun coût supplémentaire

Reste enfin à savoir ce que le retard engendrera en termes de coûts, ceux occasionnés notamment par la location de la parcelle où est posé l’ODN. Le terrain appartient au canton de Genève. Pour le magistrat Rémy Pagani, qui siège au Conseil de fondation du Grand Théâtre en tant que représentant de la Ville, la situation est on ne peut plus claire: «Le bail de location a été prolongé lors des imprévus qui ont touché le chantier du Grand Théâtre. Cette prolongation porte jusqu’en janvier 2020.» En principe, un temps plus que suffisant pour mettre un terme à ces très longs adieux.

Créé: 20.06.2019, 18h06

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Une structure en quelques chiffres

L’Opéra des Nations représente un volume de 32 000 mètres cubes. Le bois fait, à lui seul, 980 mètres cubes, et celui recouvrant la salle pèse 70 tonnes. Le théâtre mesure 79 mètres de long et 35 de large; il offre une structure utile de la salle et de la scène de 51 mètres de long, 27 de large et 19 de haut. Quant à la scène, elle présente les dimensions de deux terrains de tennis. Le cadre de scène s’ouvre sur 15 mètres de largeur et 7,50 de hauteur. R.Z.

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