«Cats» choie ses classiques

SpectacleL’opéra de Dubaï a accueilli les premières représentations de la tournée 2017. Visite en coulisses.

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Des yeux jaunes vous fixent. Puis des silhouettes graciles et félines déambulent sur un écran publicitaire. L’univers de Cats capte le voyageur au pied de l’avion, dès le hall de réception des bagages de l’aéroport de Dubaï. La célèbre comédie musicale londonienne a choisi la première ville des Emirats et son opéra flambant neuf, inauguré en août dernier, pour donner le coup d’envoi de sa tournée mondiale. Le bâtiment en forme de bateau accueille la tribu des Jellicle Cats (un nom sorti de l’imagination du poète T. S. Eliot) pour une dizaine de représentations. Avant de mettre le cap sur Oman puis l’Europe et Lausanne, dès le 25 avril.

A moins de deux heures du spectacle, en coulisses, les artistes s’immergent dans l’univers félin de leur personnage. «Chacun a été formé par notre maquilleur et se débrouille tout seul, explique Steve Diamond, responsable de la tournée et trente-huit ans d’expérience dans le milieu. La troupe des vingt-huit chats est toute nouvelle, à l’exception de quelques «anciens» qui ont déjà participé à l’aventure Cats. Ils se connaissent depuis les répétitions en novembre. Nous avons de la chance, car ils sont très disciplinés et concentrés. Il n’y a pas de guerre d’ego.»

Cats parle à tous les publics

C’est l’équipe créative originelle du spectacle, soit le compositeur Andrew Lloyd Webber, la chorégraphe Gillian Lynne et le metteur en scène Trevor Nunn, qui a pris en main cette nouvelle production. Aucune transformation majeure n’a été apportée à l’édition 2017. «Il y a eu quelques tentatives, mais toutes ont été infructueuses, continue Steve Diamond. Il y a trois ans par exemple, le chat Rum Tum Tugger, séducteur de la bande, a quitté son look d’Elvis pour celui d’un rappeur. Le public n’a pas aimé. Il plébiscite toujours la version originale.»

L’intrigue de cette comédie musicale raconte la vie de la tribu des Jellicle Cats, qui doivent élire, une fois l’an, celui qui aura droit à une nouvelle vie et à s’envoler vers la félinosphère. «Elle plaît car elle parle à tous les publics. Elle aborde des notions de pardon et de vie commune qui sont des valeurs universelles comprises dans toutes les langues.»

Dans la loge des chats «seniors» – Munkustrap, alias Matt Krzan, et Rum Tum Tugger, alias Pepe Muñoz, affichent une décontraction maîtrisée à moins de 20 minutes du début du spectacle. «A 32 ans, je ne peux plus me permettre de trop faire la fête en tournée. J’ai même décidé d’arrêter de fumer, lance le danseur espagnol. Cats est dure physiquement car on est toujours sur scène. Nous sommes des chats, nous devons constamment utiliser nos bras comme des jambes. Cela prend beaucoup d’énergie.»

La transformation en félin est toutefois bien rodée. «Pour le maquillage, je compte trente minutes mais, avec la perruque et les finitions, il me faut bien une heure et demie pour être prêt», poursuit Matt Krzan. Les perruques sont toutes en poil de yak. «C’est ce qu’il y a de plus réaliste et de plus résistant», note Steve Diamond. A l’exception de celle du chat star Grizabella, qui, elle, est composée de vrais cheveux. «Elle a été spécialement conçue pour la chanteuse américaine Nicole Scherzinger (ex-Pussycat Dolls), qui a interprété le rôle à Londres. Sa forme et sa couleur sont un clin d’œil à Amy Winehouse», glisse le responsable de la tournée.

« Quand j’ai enfin vu le spectacle, j’ai tout de suite su que je voulais être ce personnage.»

Joanna Ampil a quitté les Philippines et mis entre parenthèses sa carrière dans la pop pour prendre le rôle de Grizabella, qu’elle rêvait d’incarner depuis son adolescence. «A 17 ans, je tenais le rôle-titre de la comédie musicale Miss Saigon et j’ai entendu la bande-son de Cats. Quand j’ai enfin vu le spectacle, j’ai tout de suite su que je voulais être ce personnage.» La Philippine de 41 ans a la lourde responsabilité de chanter le titre phare du spectacle, Memory. «Cette chanson m’émeut à chaque fois. Grizabella est rejetée par les autres chats. Quand elle chante sa tristesse, tout le monde peut s’identifier à son histoire.»

La magie opère aussi à l'opéra de Dubaï

Cats a marqué l’adolescence de tous les membres de la troupe de plus de 30 ans, qu’ils l’aient découverte en vidéo ou sur scène. Matt Krzan comme Pepe Muñoz ont joué les chats remplaçants plusieurs années avant d’obtenir leur propre rôle. Le séducteur Rum Tum Tugger a dû atténuer le sex-appeal de son personnage pour ne pas trop choquer le public dubaïote. «Mais je vais me rattraper à Lausanne», lance-t-il, taquin.

Sur la scène de l’opéra de Dubaï, la magie du scénario opère à merveille devant un public toutefois réservé. Lorsque Grizabella entonne les premières notes de Memory, on sent enfin les frissons traverser l’assemblée. Les fans de la version originale de 1981 ne devraient pas être déçus. Et la nouvelle génération découvrira un spectacle coloré et rythmé d’une belle qualité.


«La troupe est très soudée»

Interview Marina Stevenson accompagne la troupe dans sa tournée mondiale, après avoir incarné dans sa jeunesse le rôle du chat Victoria plusieurs années à Londres.

Quelle est votre principale mission?

Je dois garder l’énergie du spectacle, veiller à ce que tout fonctionne sur scène. Je propose aux danseurs de nouvelles manières de réfléchir à leur personnage afin que leur esprit et leur corps soient toujours en éveil et qu’ils ne travaillent pas en mode pilote automatique. C’est une comédie musicale très exigeante physiquement. Dans les pays où la langue maternelle n’est pas l’anglais, par exemple, je les incite à bien articuler. Je leur rappelle aussi combien ce spectacle est incroyable. Nous voulons laisser une empreinte sur le public. Si ce dernier se souvient de Cats dix ans plus tard, c’est que nous avons rempli notre mission.

Comment avez-vous rejoint l’équipe créative?

Après avoir arrêté d’être le chat Victoria, j’ai changé de voie et suis devenue fleuriste. Lorsque plus tard j’ai décidé de me former à l’enseignement, Gillian Lynne (la chorégraphe du spectacle original) m’a proposé de retravailler avec elle. Cette troupe est nouvelle, elle a été formée pour la tournée. Seuls six danseurs faisaient partie de l’ancienne équipe. Ils sont très soudés, et je dois faire en sorte que ça continue. L’histoire même de Cats prône des valeurs de tolérance. On se doit de les appliquer à nous-mêmes.

Comment a évolué le spectacle depuis votre participation?

Les artistes de comédie musicale se sont professionnalisés. Aujourd’hui, ils sont capables de chanter, de danser et de jouer parfaitement dans les trois genres. A l’époque, j’étais d’abord une danseuse. Je chantais, mais je ne me considérais pas comme une chanteuse. D’un point de vue artistique, peu de choses ont changé. La version originale était jouée sur une scène ronde à Londres. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. C’est bien car le public est plus concentré dans cette configuration. Il ne doit plus regarder dans toutes les directions. En 1981, il n’existait rien de comparable à Cats, c’était unique. Mais je dois reconnaître que, techniquement, le spectacle est meilleur aujourd’hui. (TDG)

Créé: 28.01.2017, 18h19

Infos

Lausanne, Théâtre de Beaulieu
Du ma 25 avril au di 7 mai
Rés.: www. ticketcorner.ch
www.theatredebeaulieu.ch

Les interprètes de Memory au fil du temps

Elaine Paige, 1981:



Nicole Scherzinger, 2015:




Leona Lewis, 2016:



Chimène Badi, 2016:

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