Scènes de ménage sur les routes du canton

ThéâtreJean Liermier clôt sa saison au Théâtre de Carouge avec deux courts vaudevilles mis bout à bout. On ne boude pas son plaisir!

Les Boulingrin (Bellucci et Rosset) s’engueulent comme du poisson pourri sur le dos de Des Rillettes (Labarrière).

Les Boulingrin (Bellucci et Rosset) s’engueulent comme du poisson pourri sur le dos de Des Rillettes (Labarrière). Image: CAROLE PARODI

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Une bonne grosse dispute, il n’y a rien de tel pour relâcher la tension. Et tant mieux si, plutôt que d’en payer les pots cassés, on peut jouir du spectacle de l’engueulade d’autrui. Directeur généreux du Théâtre de Carouge, Jean Liermier vous en met deux pour le prix d’une, et vous offre en prime une bonne grosse rigolade avec. De Georges Feydeau, qui servit Feu la mère de Madame en 1908, à Georges Courteline, qui sortit Les Boulingrin en 1898, il n’y a qu’un pas – à reculons en termes historiques, mais en avant dans la chronologie matrimoniale telle que la dessine l’agencement liermiérien.

On cueille le couple à ce moment de bascule où il met le pied dans l’ère querelleuse dont il ne réchappera plus. Madame est au lit. La tempête fait rage. Monsieur sonne au milieu de la nuit. Il a oublié sa clé avant d’aller faire la bringue. Titubant dans son costume de carnaval, il compare les seins de sa femme à des crochets de portemanteau. Elle n’aime pas ça, le ton monte, la servante est appelée à la rescousse. C’est alors qu’un deuxième coup de sonnette retentit: un domestique simplet vient annoncer le trépas de la mère de Madame. On sort les sels en moulinant des bras. Dernier retournement: le crétin s’était trompé, c’était la voisine qu’il fallait alerter…

On retrouve le couple quelques années plus tard: enrichi, empâté, empêtré. Un parasite aux cheveux gras sonne à la porte, en plein jour cette fois. La servante le reçoit et brosse un portrait idyllique de la vie conjugale des Boulingrin (ou Moulingrin, n’était le «rhube» du pique-assiette?). Les époux déboulent bientôt en se balançant des noms d’oiseaux. Et que fusent les coups bas, et que se retirent les chaises sous les fessiers. Au final, de deux choses l’une: soit le ménage saute sur la moindre occasion de se crêper le chignon, soit il est étroitement de mèche pour piéger l’écornifleur…

Une heure dix de rigolade

Evidemment, avec tout cela, on est à des lieues de chamailleries qui sentent le vécu, de celles qui font trembler les murs de vos chaumières. Si les conventions sociales sont (si peu) chahutées par les deux Georges – Feydeau et Courteline – les conventions théâtrales auxquelles se plie Liermier, elles, ne courent pas la première ombre de danger de vacillement. Dans la petite salle Gérard-Carrat, à la rue Ancienne, on est au boulevard et on le sait.

Cela dit, grâce à la scénographie fort à propos de Catherine Rankl et au jeu parfaitement affûté de Mauro Bellucci, Sabrina Martin, Simon Labarrière et, au premier chef, Brigitte Rosset, on est sûr également de passer une heure dix de rigolade. On n’en apprendra pas plus sur la dynamique guerrière qui fait sortir les amants de leurs gonds, mais on se plaira à imaginer, sur la base de la double pochade, l’avènement, un jour, de la vraie bonne grosse dispute sur plateau. Quant à la mise en scène de ménage de Jean Liermier, parions qu’elle gagnera encore en éclat une fois qu’elle se mettra à sillonner le canton à bord d’un camion-théâtre en juin.

«Feu la mère de Madame» et «Les Boulingrin» Th. de Carouge, jusqu’au 21 mai, puis sur les routes dès le 8 juin, 022 343 43 43, www.tcag.ch

Créé: 16.05.2017, 18h22

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.