Sandrine Kuster donne le la à la rue du Temple

ThéâtrePendant quatorze ans tête chercheuse à l’Arsenic de Lausanne, elle revient en terre genevoise pleine d’énergie et d’idées pour aménager l’après-Philippe Macasdar au Théâtre Saint-Gervais.

Sandrine Kuster a placardé trois photos XXL exaltant le corps féminin en vitrine de son immeuble théâtral.

Sandrine Kuster a placardé trois photos XXL exaltant le corps féminin en vitrine de son immeuble théâtral. Image: LUCIEN FORTUNATI

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Cette enfant du Lignon prouve qu’une actrice culturelle peut être calée sans se prendre le chou, sérieuse et irrévérencieuse à la fois, habile tout en gardant sa fraîcheur. Formée à l’École Serge Martin, Sandrine Kuster peut s’enorgueillir d’un tableau de chasse garni, qui comprend la cofondation du Théâtre de l’Usine en 1989, la cogestion avec Eveline Murenbeeld de la compagnie des Basors, la coprogrammation de La Bâtie de 1999 à 2003, puis l’essor, grâce à sa direction inspirée, du centre d’art scénique contemporain à Lausanne – alias l’Arsenic. Quinze saisons après son émigration, on refait connaissance avec la quinquagénaire qui, depuis juin, tient la barre du Théâtre Saint-Gervais légué par Philippe Macasdar.

Comment vivez-vous votre retour au bercail?

Bien, tout en mesurant le bénéfice de ma prise de distance. M’immerger dans le tissu culturel lausannois, tenter d’y développer l’Arsenic, collaborer avec Vidy, tout cela m’a beaucoup appris. Cette expérience me donne un regard nouveau sur Genève, critique et constructif en même temps. La ville a changé depuis 2003, je dois la retrouver au point où elle est rendue aujourd’hui. Parmi ses scènes théâtrales, une dynamique inédite est en train de naître. Je suis convaincue qu’il y a une carte à jouer qui ménage aussi bien la continuité que la rupture.

Votre nomination à la tête de Saint-Gervais - un rêve de longue date?

Pas du tout. Quand j’ai donné mon congé à l’Arsenic, je sentais que j’avais fait mon temps – et puis, il faut laisser à d’autres l’opportunité de diriger un théâtre. Je ne savais alors pas du tout où j’allais. J’ai postulé à la Comédie, en duo avec Joan Mompart. Après notre recalage, j’ai assez naturellement présenté ma candidature à Saint-Gervais, où j’ai été prise. Je suis très attachée à ce lieu, mais le diriger n’était pas un rêve. Ça le devient!

Par rapport à l’Arsenic, quelle sera la principale différence?

La programmation. En réfléchissant aux artistes que je voudrais inviter ici, je dois renoncer aux trois plateaux de l’Arsenic, à leur simultanéité, à leurs possibilités techniques. À Saint-Gervais, on ne pense pas la scénographie et l’espace de la même manière. Il m’a par exemple fallu exclure la danse. Pour exploiter la force spécifique de l’arène du sous-sol, j’ai décidé de favoriser la relation intime, intense, entre les interprètes et les spectateurs. Du coup, je mets l’accent sur le solo, la performance, des projets qui privilégient la prise de parole de l’interprète et son rapport au public. Je dois aussi m’interroger sur l’affectation du bâtiment dans son ensemble: j’ai envie de prendre le temps de la réflexion à ce sujet. Optimiserons-nous certains espaces pour en faire des salles de répétition? Fusionnerons-nous deux étages? Créerons-nous une seconde salle plus proche des besoins de la scène contemporaine? À ce stade, je peux rêver! Concernant le bar, je veux passer d’une gérance extérieure à un service interne. Sa responsable fait ainsi partie de l’équipe. Pour moi, foyer et billetterie appartiennent au théâtre, il ne faut pas les en séparer, mais les impliquer dans une même dynamique.

Comment vous insérez-vous dans le réseau des six autres nouvelles directions des théâtres genevois?

Même si nos parcours sont différents, nous nous connaissons bien entre nouveaux directeurs. Aussitôt après les nominations, nous nous sommes réunis autour d’une même table afin de nous présenter nos projets et pointer où nous pouvions nous associer, nous compléter ou nous distinguer. Nous avons d’emblée écarté toute idée de concurrence: il y a tellement de choses à faire que nous pouvons bien nous les partager. Les petits projets viendront plus facilement à Saint-Gervais, les plus gros iront à la Comédie. De plus, nous avons ouvert notre cercle à de plus anciens directeurs afin d’offrir au public des réductions au sein d’un réseau de seize théâtres et festivals, à condition d’avoir un abonnement auprès de l’un d’eux. Le message adressé au public? Nous travaillons désormais en partenariat! Ce qui ne nous empêche pas de garder une couleur caractéristique associée à chaque lieu.

Vous avez installé un sexe féminin géant en devanture du bâtiment. Votre affiche se revendique féministe?

Ma première saison obéit à plusieurs axes. Celui du solo, pour le rapport plateau-gradins qu’il instaure. Celui des reprises de spectacles emblématiques que les gens ont envie de revoir. Celui de la création romande, bien sûr. Et celui des femmes, oui. Il ne s’agissait pas d’une volonté préalable, mais je me suis aperçue qu’elles sont nombreuses dans ma programmation. J’ai forcément une sensibilité accrue à leurs démarches et leurs paroles. Alors, je me suis résolue: tant qu’à faire, allons-y franco, affichons les photos de Julie Masson en vitrine, collaborons avec le festival Les Créatives, abordons ouvertement la question de la sexualité féminine, ce terrain largement inexploré, et largement déficient en termes d’égalité!

Les spectacles programmés, souvent forts, se chassent à un rythme élevé…

Les accueils restent peu de temps, c’est vrai. Mais les créations sont exploitées sur une plus longue durée. Il s’agit pour moi d’une saison test, conçue un peu comme un feu d’artifice. J’avoue qu’elle est encore plus protéiforme que ne l’est ma pratique habituelle, histoire de sonder le public. Les accueils brefs, il est possible que je les supprime par la suite. Les créations, elles, se maintiendront toujours au moins une semaine.

Avez-vous des nouvelles de Philippe Macasdar? Suivra-t-il votre saison?

Nous sommes de grands amis. Notre complicité s’est nourrie de nos activités respectives, mais la trame de fond reste amicale. Évidemment, je crains légèrement son jugement! Quant à lui, il fourmille de projets en tant que comédien et metteur en scène. Et je suis sûre qu’il s’accorde avec moi pour réaffirmer qu’il y a une carte à jouer avec cet outil particulier qu’est Saint-Gervais!

Créé: 21.09.2018, 17h05

Quatre coups de brigadier

Début de saison pétaradant à Saint-Gervais. Après l’Opening Night de ce vendredi, qu’une représentation unique du fameux «Effet de Serge» de Philippe Quesne a largement fait scintiller, et avant la création par Guillaume Béguin d’un «Titre à jamais provisoire» du 11 au 18 octobre, tressautent les noms de l’Espagnole Agnés Mateus («Rebota rebota», les 27 et 28 septembre), du Belge Benny Claessens («Hello Useless» les 2 et 3 octobre), et de la Hollandaise Renée Van Trier (avec «All Can Be Softer» les 6 et 7).

Programme sur www.saintgervais.ch

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