Salim, 6 ans, debout face à la maladie

DécryptageLe tout jeune photographe genevois Raphaël Lods expose à l'Espace Jörg Brockmann «POG9317», une série sur les enfants atteints d'un cancer. La camaraderie y éclipse l'apitoiement.

Salim, 2018, tirage pigmentaire sur Hahnemu?hle Photo Rag, cadre aluminium blanc avec battue, 30x30 cm, edition of 5 + 1 AP

Salim, 2018, tirage pigmentaire sur Hahnemu?hle Photo Rag, cadre aluminium blanc avec battue, 30x30 cm, edition of 5 + 1 AP Image: Raphaël Lods

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Les couloirs d’hôpital et les lits médicalisés, ça le connaît. Avoir fréquenté une unité d’oncologie durant sa propre enfance est précisément ce qui donne au regard de Raphaël Lods sa netteté. Sa franchise, qui outrepasse la compassion pour toucher à la camaraderie. Ses photos, c’est le gamin qu’il était qui les prend. Comme si le savoir-faire acquis depuis présidait aux retrouvailles.

Il n’a que 23 ans à peine aujourd’hui. C’est dire si le fossé de l’âge est étroit. Celui qui sépare la santé de la maladie, en revanche, demeure essentiellement infranchissable. Raphaël Lods l’a enjambé au moins deux fois: aller, retour.

Au gré d’une formation à l’École de photographie de Vevey, parachevée actuellement à l’École nationale supérieure de la photographie à Arles, l’artiste genevois a réalisé d’autres séries auparavant, toutes remarquables, qui se sont attachées ici au lien père-fille, là au concept de nation, ailleurs au Guihon – ce fleuve irriguant le jardin d’Éden qu’il replace dans une plus âpre réalité. Il s’est également illustré dans des publications et expositions collectives.

Raphaël Lods consacre son diplôme de master à un second aller-retour. Non plus pour le cancer et les soins qu’il exige, mais pour le passé et les souvenirs qu’il produit. Saisir des enfants atteints équivaut, avec «POG9317» (en référence au protocole de chimiothérapie appliqué en pédiatrie), à scanner sa mémoire. Radiographier son histoire quand d’autres subissent à leur tour des rayons.

Dans la note d’intention qui accompagne sa toute première exposition individuelle, à l’Espace Jörg Brockmann, en partenariat avec Cansearch Fondation de recherche contre le cancer de l’enfant, Lods écrit: «Je me mets en scène dans la chambre, rejoue les rôles de ces scènes qui m’ont construit.»


«POG9317» Espace Jörg Brockmann, jusqu’au 26 février, 079668 67 32, www.espacejb.com

Créé: 06.02.2020, 16h47

Au moment de la prise de vue, en 2018, Salim a 6 ans. Sa station debout fait la force de l’image en ce qu’elle symbolise une attitude face à la maladie. Surtout au niveau des pieds, qui froissent l’oreiller conçu pour accueillir sa tête.

Tout traitement du cancer évoque la perte des cheveux. Il n’en est rien chez Salim, qui les a drus, dressés au-dessus de son regard un brin perdu, debout sur sa tête comme pour offrir une rime à sa propre verticalité. S’insinue alors l’interrogation temporelle: avant? après?

Non content de se présenter en position de combat, Salim arbore sportivement un maillot de foot aux couleurs marocaines. Et pas n’importe lequel, puisque le N° 7 de l’équipe royale revient à Hakim Ziyech, également ailier à l'Ajax Amsterdam. Mais le tissu recouvre un indice qui ne trompe pas: ce petit patch adhésif sur la poitrine du garçon trahit ses tribulations médicales. Davantage que tout attribut vestimentaire, le stigmate d’un champion.

Les câbles qui pendouillent tout autour de Salim soulignent sa fragile condition de patient. Ils évoquent ces fils du destin que tenaient, actionnaient ou coupaient les Parques de la Rome antique. Il est cependant à noter qu’au moment où l’enfant se laisse photographier, aucun de ces filins ne parvient jusqu’à son corps. À ce stade, il est libre et débranché, affranchi de toute dépendance vis-à-vis d’une machine qui le maintiendrait en vie. Il triomphe ce jour-là comme Raphaël Lods, son portraitiste, triomphe depuis sa guérison.

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