À Saint-Gervais, Marielle Pinsard survolte sa nouvelle satire des milieux bobos

ThéâtreLe sequel que la metteure en scène vaudoise offre à une précédente farce dépense en énergie humaine ce que ses personnages épargnent en courant électrique.

Vincent Bonillo, Catherine Salée, Criss Niangouna et les autres lors d'un excès de lubricité.

Vincent Bonillo, Catherine Salée, Criss Niangouna et les autres lors d'un excès de lubricité. Image: DOROTHEE THEBERT FILLIGER

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Marielle Pinsard a un hic à résoudre: son inépuisable énergie personnelle ne saurait sauver la planète. Elle a beau recycler ses comédies passées, soucieuse des gestes citoyens, l’économie et elle, ça fait toujours deux.

En reprenant, une décennie après, les personnages qui admettaient «Nous ne tiendrons pas nos promesses» en 2008, son «Je vous ai préparé un petit biotruc au four...» fait pourtant feu de tout bois. Dans son élan, le vaudeville épingle même avec aplomb les obsessions auxquelles carbure actuellement l’esprit bourgeois bohème. À savoir, prioritairement, l’urgence climatique.

Foin, donc, des machines à laver, on se douche deux fois par semaine et on défèque dans la sciure. Le logement d’Yvonne (Catherine Salée) – fleurs au costume mais ménopause en travers de la gorge – s’est équipé d’un compteur d’électricité en temps réel. L’affichage de ses rappels à l’ordre sur un écran lumineux ne laisse aucun répit aux amis rassemblés à l’occasion des 50 ans de l’hôtesse. Un véritable instrument de torture pour mauvaises consciences au pic de leur masochisme. Jean II du Congo, son nouveau compagnon (Criss Niangouna), assure que «la planète se porte mieux en Afrique» et sert de caution aux blagues racistes qui couvent. Cyril (Vincent Bonillo) a gardé sa verdeur sexuelle et ne rechigne devant aucune contorsion pour capter du réseau. Jane (Valerio Scamuffa), transgenre repentie, est revenue à son sexe féminin d’origine en abandonnant le prénom de Reto, mais en gardant son amoureuse Béa (Mélanie Zucconi), atteinte du syndrome de Tourette. Ajoutez à ce panel le surgissement occasionnel de trois personnages refoulés: le fils d’Yvonne relégué sous son casque, la femme de ménage congédiée et l’ancien pote Jean-Michel converti aux «gilets jaunes».

L’échantillon, outre produire une quantité considérable de décibels, fonctionne à la manière des «Caractères» du moraliste La Bruyère. Censé reproduire un poster géant sur le quatrième mur du plateau, le public pourrait très bien s’y dissoudre. Mais au croquis manque toute faculté de mouvement: le spectacle s’enlise faute de fuel.


«Je vous ai préparé un petit biotruc au four ou mais, où est donc passé Jean-Michel?» Théâtre Saint-Gervais, jusqu’au 16 fév., 022 908 20 00, www.saintgervais.ch

Créé: 07.02.2020, 18h26

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