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À Saint-Gervais, une comptine d’enfant monte en colimaçon jusqu’au ciel

Eveline Murenbeeld adapte «Le Monde est rond» de Gertrude Stein, fable cubiste qui s’enivre de renommer l’univers.

Christian Scheidt et Julie Cloux se fractionnent devant, sur et derrière un rideau transparent.
Christian Scheidt et Julie Cloux se fractionnent devant, sur et derrière un rideau transparent.
ISABELLE MEISTER

«Rose is a rose is a rose is a rose…» La formule, qui sert souvent à résumer l’art poétique de Gertrude Stein (1874-1946), éclot pour le plus grand bonheur du spectateur dans le texte, adapté par la Compagnie des Basors, du «Monde est rond», ce conte initiatique composé par l’écrivaine en 1939. Sa petite héroïne au prénom de fleur, obnubilée par la question de savoir si «je serais encore Rose si mon nom n’était pas Rose», entreprend d’inscrire le mantra au canif tout autour d’un gros tronc d’arbre.

Sa quête? Nul ne sait, sinon que Rose transporte une chaise bleue jusqu’à la cime d’une montagne afin de s’y asseoir. Qu’en route, elle surmonte des obstacles et éprouve des vertiges. Et qu’elle n’a de cesse, traversant ce monde rond où «de toute part il y avait quelque part», de réinventer son lexique, de nommer les plantes, les animaux, les paysages comme pour la première fois. Ou à l’instar d’Adam, baptisant chaque chose alentour quand la langue était encore vierge de chausse-trappes et de faux amis. Son Ève s’appelle ici Willy («Oui, lui»), et bivouaquera sur un sommet voisin quand la fillette prendra peur de sa contemplation.

Rose (cristalline Julie Cloux) et Willy (limpide Christian Scheidt) – costumes anciens, perruques ébouriffées, un monosourcil chacun – chantent à intervalles réguliers de leur pérégrination. De petites ritournelles électro à la Stromae, mais sur les allitérations, les rimes, les jeux de mots de Gertrude Stein, lesquels cherchent moins à produire du sens qu’à s’enivrer d’eux-mêmes.

Pour imager l’émerveillement de nos Candide, Eveline Murenbeeld les diffracte devant, sur et derrière un voile transparent, à mi-profondeur de la scène, où se projettent des vidéos de forêt, de chevaux ou de leurs propres avatars. La metteure en scène genevoise, cofondatrice avec Sandrine Kuster du Théâtre de l’Usine, s’était frottée à l’écriture avant-gardiste de l’Américaine en montant son «Ida» pour la Bâtie 2016. À nouveau, on se laisse subjuguer par une abstraction qui réhabilite la naïveté comme on prendrait soin de la nature, sans condescendance.

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«Le Monde est rond» Théâtre Saint-Gervais, jusqu’au 12 déc., 022 908 20 00, www.saintgervais.ch

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