En s’y mariant, Joan Mompart sublime l’horloger Beaumarchais

ThéâtreVisuellement somptueux, porté par des comédiens supérieurs, «Le mariage de Figaro» se trame de sorte à se transcender.

Une Élodie Bordas aux airs de Juliette Binoche et une Marie Druc de la trempe d’Arletty.

Une Élodie Bordas aux airs de Juliette Binoche et une Marie Druc de la trempe d’Arletty. Image: MARC VANAPPELGHEM

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Loués soient pour commencer les artistes qui soignent les atours de ce Mariage soucieux des formes: Nathalie Matriciani pour les étoffes et teintes subtiles des costumes, Cécile Kretschmar pour les superbes maquillages et coiffures, Cristian Taraborreli pour une scénographie éloquente sans empois et Jean-Philippe Roy pour ses éclairages sensibles. La cinéaste Sophia Coppola, éprise de fastes, eût gagné à les enrôler sur Marie-Antoinette.

Ce volet intermédiaire de la Trilogie de Figaro, ourdi en 1778 par Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais, fils d’horloger devenu écrivain, dramaturge, musicien, homme d’affaires, espion et marchand d’armes pour le compte du roi, exige incontestablement de la minutie. Sans doigts de fée pour l’enrouler, comment le spectateur s’y retrouverait-il pour démêler l’écheveau des intrigues parallèles, des travestissements, des tromperies déjouées, des effets de miroir et des quiproquos qui rythment la «folle journée» conduisant aux noces du valet éponyme? Comment suivrait-il les réflexions qui s’y tissent simultanément sur la lutte des classes et des sexes – cet évocateur droit de cuissage –, sur l’amour et son taon la jalousie, sur le désir et son bouclier l’orgueil, sur l’hypocrisie quintessentielle au commerce humain?

La mise en scène du Genevois d’origine espagnole Joan Mompart – qui surpasse ici en finesse ses précédentes productions de Dario Fo et Bertolt Brecht – y veille. Sa lecture du texte – pur joyau de ressorts et rouages – privilégie à la fois l’atemporalité des thèmes et les recoupements historiques, voire biographiques avec son propre itinéraire. Pour incarner les répliques, Mompart fignole une distribution d’excellence. S’en dégagent surtout une «binochienne» Élodie Bordas en Suzanne, une mordante Marie Druc en Comtesse et un enchanteur Baptiste Gilliéron en Chérubin. Christine Vouilloz, Christian Scheidt, François Nadin et Juan Antonio Crespillo complètent la brochette de morceaux croustillants. Sans oublier le violoncelliste Aurélien Ferrette, qui agrémente de ses fioritures référencées la structure en chiasmes de l’ensemble.

Quant à Joan Mompart dans le rôle-titre, ses accrocs répondent à l’éclatement du moi dont il est question: c’est que l’homme, moins menteur qu’absolu, se retrouve plus naturellement dans les traits de l’auteur que dans ceux du comédien. Pour clamer la révolution en cours, qui voit le pouvoir arraché aux dominants par les dominés, il défend malgré lui la parole vraie plutôt que l’artifice.

«Le mariage de Figaro» La Comédie, jusqu’au 11 mars, 022 320 50 01, www.comedie.ch (TDG)

Créé: 08.03.2018, 16h44

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