Ainsi s’achève l’odyssée du navigateur Macasdar

ThéâtreFin de mandat pour celui qui, depuis le phare de Saint-Gervais, a fait de Genève un port.

Au 7e étage du Théâtre Saint-Gervais, le tout Genève des arts vivants fête celui qui, en un quart de siècle, a redéfini le rôle d’une Maison de la Culture. Ici, les employés de Philippe Macasdar lui rendent hommage par écran de smartphone interposé.

Au 7e étage du Théâtre Saint-Gervais, le tout Genève des arts vivants fête celui qui, en un quart de siècle, a redéfini le rôle d’une Maison de la Culture. Ici, les employés de Philippe Macasdar lui rendent hommage par écran de smartphone interposé. Image: MAGALI GIRARDIN

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À 59 ans, Philippe Macasdar est l’un des capitaines au plus long cours de Suisse. Ayant tenu la barre du Théâtre Saint-Gervais pendant 24 saisons, il flirte avec les records nationaux, sur les talons d’un Dominique Catton à Am Stram Gram, d’un René Gonzalez à Vidy, d’un Guy Jutard aux Marionnettes de Genève ou du collectif du Loup récemment célébré dans ces colonnes. Adoubé en 1994, une décennie après que la Maison des Jeunes et de la Culture a été officiellement rebaptisée théâtre, il cède ce 30 juin à sa successeure Sandrine Kuster le timon du paquebot ancré sur la rive droite, auquel l’on se réfère désormais comme «Le» Théâtre. Coup de sirène tonitruant, vendredi dernier, en guise de merci.

Aux couleurs de l’OM

Ils étaient une grosse centaine, sur le pont du 7e étage, à attendre qu’il apparaisse, cheveux hirsutes, gestuelle débridée, gouaille indéfectible. La famille, les pères, les pairs, les camarades, les disciples, les autorités, vêtus en obéissant ou non au double dresscode indiqué sur l’invitation à la fête surprise. En écho à deux indécrottables passions du directeur, il fallait s’habiller soit dans l’esprit James Bond, soit en supporter de l’Olympique de Marseille. Oscar Gomez Mata, l’ex poulain récipiendaire du Prix Suisse du Théâtre 2018, rutilait dans son smoking. Les collaboratrices, y compris l’ancienne directrice de l’Arsenic lausannois destinée à le remplacer, scintillaient en minirobe.

La tribu, côté maternel, arborait écharpes, T-shirts et pancartes aux couleurs de l’équipe de foot favorite du natif d’Aix-en-Provence. Maman Evelyne, «aficionada» invétérée des scènes locales: «Je félicite mon fils de nous avoir résisté, étudiant, en affirmant sa volonté de suivre une école de théâtre. Grâce à ses choix, il a apporté à Genève quelque chose qui n’existait pas, un véritable pôle socio-politico-culturel. Il a fait venir l’Europe et le monde sur son plateau!» D’autres – l’auteur et metteur en scène Michel Deutsch, le polyvalent homme de spectacles Sandro Rossetti, la cheffe du service culturel de la Ville de Genève Virginie Keller – s’étaient plus discrètement mis sur leur trente et un.

Sur le balcon encore baigné de lumière – et de vin –, on croise le duo de comédiennes Doris Ittig et Claude-Inga Barbey, si souvent applaudies au sous-sol. La seconde nous glisse: «Philippe a beaucoup donné, beaucoup lancé de carrières, beaucoup offert de chances et permis de choses. J’espère vraiment qu’on lui rendra la monnaie de sa pièce!» Ni Latifa Djerbi, ni Karim Bel Kacem, à deux pas, ne nieront le soutien apporté par le patron aux origines françaises et arméniennes.

L’ouverture sur l’ailleurs

À l’entrée en scène de l’activiste, des discours en rafale viennent confirmer ses hauts faits. Si le maire de la Ville et magistrat en charge de sa culture, Sami Kanaan, évoque le plaisir de Macasdar à occuper «le centre de l’attention», on détecte l’effort du metteur en scène, ancien assistant de Benno Besson puis conseiller de Claude Stratz à la Comédie, pour surmonter sa timidité naturelle. «Philippe est genevois car il s’intéresse aux problèmes des autres. Il a axé sa programmation artistique sur des sujets de société impliquant la Palestine, l’Algérie, la Yougoslavie ou la Grèce. Il a amené les langues étrangères, y compris le rom, entre ses murs. À la fois encyclopédiste et éclectique, il y a invité toutes les disciplines. Son engagement s’est porté sur des causes comme sur des artistes, de Jean-Louis Hourdin à Marielle Pinsard, en passant par André Steiger et Armand Gatti…», a rappelé le politique.

D’autres noms se sont ajoutés au chapelet par la bouche de Bernard Lescaze, président de la Fondation de Saint-Gervais, qui en a profité pour qualifier le personnage d’«impatient, insolent, indocile, insolite et surtout intelligent». Balayant les 24 ans de règne, il a relevé les invitations faites à Anne Bisang, Jacques Probst, Omar Porras, Jean Liermier ou Matthias Langhoff, dans un infatigable esprit d’ouverture. Quant au pâtre de la compagnie de l’Alakran, Oscar Gomez Mata, il est allé plus loin en saluant le «courage visionnaire» de son ancien protecteur, et son «émerveillement enfantin pour le théâtre».

Vrai, quand sa demi-sœur cadette, Diane Schasca, prend la parole avec une aisance d’avocate (la rhétorique court dans les veines d’une fratrie qu’elle surnomme «Schascadar» ou «Macasca»), Philippe n’a jamais autant eu l’air d’un garçonnet emprunté, aux genoux cagneux. Un gamin de bientôt 60 ans, père et même grand-père, à qui Sandrine Kuster, seule maîtresse à bord à partir du 1er juillet, a lancé à son tour: «J’ai grandi grâce à toi à Saint-Gervais!» La réponse de l’intéressé avant le déballage des cadeaux et le démarrage du DJ set? Toute en humilité: «Je n’avais pas de vocation à diriger un théâtre. Mais j’ai eu tendance pathologiquement à associer Saint-Gervais à Genève puis, au-delà, à la Suisse, et au monde».

Créé: 18.06.2018, 18h36

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