Rychner et Bösch: avalanche sur les Alpes suisses

ThéâtreLa Comédie emmène son public dans un trekking à travers la Confédération. Parcours épuisant dans un paysage foisonnant.

Barbara Baker, une facette parmi tant d’autres de la Suisse, entre folklore patriotique et initiatives xénophobes.

Barbara Baker, une facette parmi tant d’autres de la Suisse, entre folklore patriotique et initiatives xénophobes. Image: LAURA SPOZIO

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On n’a pas attendu l’avènement du spectacle transdisciplinaire pour importer du texte à teneur théorique sur les planches. L’exercice qui consiste à mettre en scène la pensée remonte aux origines mêmes du théâtre. Aussi, quand Maya Bösch passe commande à Antoinette Rychner d’un essai dramaturgique sur la Suisse, elle a certes conscience d’entreprendre l’ascension d’un sommet, mais pas d’inventer la poudre pour autant.

Cette radiographie à l’instant T du nid helvétique, son histoire, sa culture, ses mentalités, «Pièces de guerre en Suisse» (Éditions Les Solitaires Intempestifs) l’opère à travers une cinquantaine de voix hétéroclites («je», un voisin, un militant de l’UDC, un frontalier, Wikipédia...), ainsi que de nombreuses références livresques, articles de loi et autres extraits d’initiatives populaires. Les nombreuses citations ne posent en soi aucun problème. Pas plus que la mobilité des points de vue adoptés ou l’apparent désordre des sujets abordés –du rétablissement de la peine de mort à la religieuse au fond du caquelon, en passant par l’action humanitaire ou la conversion d’Orange à Salt. La profusion kaléidoscopique du propos, en revanche, donne l’impression d’un travail inabouti. Comme si l’autrice – l’une des plumes romandes les plus affûtées – balançait en vrac les notes accumulées au long de ses recherches depuis quatre ans. Le public, du coup, peine à reprendre son souffle à la seule audition du livret, et, bientôt, suffoque.

Voilà – expéditivement – pour la partition écrite. Sa mise en scène cristallise la signature si singulière de Maya Bösch, Prix suisse du théâtre en 2015, et l’une des créatrices romandes les plus à l’affût. Scénographie stylisée (les Alpes réduites à un échafaudage), déclamation héritée de l’Antiquité, expressionnisme du jeu d’acteurs (fétiches dans le cas de Barbara Baker ou Fred Jacot-Guillarmod, nouveaux pour ce qui est de Lola Giouse ou Guillaume Druez), sens choral digne de l’agitprop, et attention extrême portée aux éclairages et aux compositions scéniques. De bonnes raisons pour croire en des jours meilleurs.


«Pièces de guerre en Suisse» Comédie, jusqu’au 6 déc., 022 320 50 01, www.comedie.ch

Créé: 29.11.2019, 18h01

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