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Ruth Childs, autoportrait d’une ballerine prédestinée au tiraillement

À l'ADC, le solo «fantasia» voit sa protéiforme créatrice onduler entre classicisme et contemporanéité.

La chorégraphe et interprète Ruth Childs sous l’une de ses plusieurs formes.
La chorégraphe et interprète Ruth Childs sous l’une de ses plusieurs formes.
MARIE MAGNIN

L’artiste présente «fantasia», sa deuxième création après «The Goldfish and the Inner Tube» en 2018, comme une plongée dans ses «souvenirs en lien avec certaines musiques classiques» écoutées dans son enfance. Une recherche proustienne, en quelque sorte, mais traduite par le geste et le mouvement.

Soit. Une autre veine semble cependant traverser le projet de Ruth Childs, Anglo-Américaine de 35 ans, formée très jeune à la barre et au violon, nièce et héritière artistique de la pionnière du minimalisme Lucinda Childs, installée à Genève dès 2003, quand elle entre au Ballet Junior. Polarisée entre le classique et le contemporain (elle danse pour La Ribot, Gilles Jobin ou Foofwa d’Imobilité), elle laisse affleurer de profonds antagonismes, en toute candeur, conférant ainsi une valeur d’exemple à son nouveau solo – dont le batteur Stéphane Vecchione signe l’habillage sonore.

Affublée d’une perruque et d’un t-shirt mauve fillette, Ruth esquisse d’abord l’amorce d’un envol depuis le sol, sur la «Pastorale» de Beethoven. Sauterelle ou oiselle, la danseuse se départage entre imagerie de ballet traditionnel et arabesques du temps présent. La dualité ira croissant quand Childs, revêtue de blanc, adoptera une posture robotique: variation sur la figure de l’automate, son souffle puis son corps déclenchant des accords électroniques plus ou moins réminiscents de plages orchestrales. Plus tard, ayant mué tour à tour en vert, en rouge et en noir intégraux – sauf ses membres, qu’elle garde à l’état naturel – elle prendra le contre-pied des codes de la féminité, du «Casse-Noisette» ou du spectacle professionnel, de sorte à réincarner un burlesque Charlot.

Plus loin encore, mais avant un grand finale acharné qui s’inspire de la «9e symphonie» (Beethoven toujours), la voici qui inverse carrément son anatomie, plaçant sa perruque sur son popotin pointé au ciel. Le haut, le bas; le masculin, le féminin; ancien ou moderne; travail ou plaisir, Lucinda Childs s’écartèle. Que suis-je au bout du compte en tant que danseuse en 2019, l’entend-on s’interroger: un papillon, une poupée, une pouliche? L’interrogation est légitime, et traitée avec sincérité, mais ressort sans queue ni tête. Par manque de conviction?

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«fantasia»

ADC, jusqu’au 3 nov., 022 320 06 06, www.adc-geneve.ch

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