Avec «ROMA», Netflix brise ses règles

CinémaLion d’or à Venise, le film sort à Genève. Une grande première

Un plan de «ROMA», chronique intimiste et léchée qui a valu le Lion d’or à Alfonso Cuarón et qui sort mercredi au Cinérama.

Un plan de «ROMA», chronique intimiste et léchée qui a valu le Lion d’or à Alfonso Cuarón et qui sort mercredi au Cinérama. Image: DR

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Netflix, bête noire ou paradis des cinéphiles? Ni l’un ni l’autre, à vrai dire. Sauf que jusqu’à présent, les films diffusés en exclusivité sur la plateforme de streaming n’étaient en aucun cas susceptibles de sortir en salle. Une règle absolue. Du moins jusqu’à aujourd’hui. Car dès mercredi, «ROMA» d’Alfonso Cuarón, Lion d’or de la dernière Mostra de Venise et production Netflix autoproclamée, sera visible au Cinémara Empire de Genève pour un certain nombre de séances.

Sorties limitées

«Nous le jouerons trois fois par jour durant deux semaines, avec possibilité de prolonger son exploitation après sa diffusion sur Netflix, qui démarre le 14 décembre, s’enthousiasme un Didier Zuchuat fier d’être le seul exploitant romand à pouvoir montrer le film dans de telles conditions. Nous avions déjà été intéressés en 2017 par «Okja», une autre de ses productions. Mais Netflix se tâtait et rien ne s’est fait. Cette année, nous les avons revus à Locarno. Et nous avons parlé du Cuarón. Son souhait à lui, c’était de passer en salle. Lorsqu’il a remporté le Lion d’or à Venise, la situation s’est en quelque sorte clarifiée. À la fin d’octobre, Netflix a annoncé qu’il ferait des sorties limitées dans des salles choisies par lui.» Dans cette optique, il a porté son choix sur une vingtaine de salles dans le monde entier. En Suisse, le film sort également à Zurich, Bâle et Lucerne. Sans aucune publicité, sans communication, y compris sur les chiffres. Impossible d’en savoir plus, donc. Ni sur le coût de l’opération ni sur le partenaire secret qui se cache derrière. Y aura-t-il d’autres films Netflix qui auront les honneurs d’une sortie en salle? «Il y a eu des discussions autour du nouveau film de Susanne Bier, «Bird Box», qui doit être sur la plateforme à la mi-décembre. Mais finalement, il n’ira pas dans les salles. Le prochain, ce sera donc le Scorsese, «The Irishman» (ndlr: sortie en septembre 2019 sur Netflix). Je pense que Netflix tâte le terrain, quitte à fâcher ses abonnés. À mon avis, sa stratégie pour cette sortie de «ROMA» en salle n’est pas destinée à faire plaisir aux cinéphiles. Mais à observer comment les autres plateformes, Amazon par exemple, vont réagir. De mon point de vue, Netflix a tout intérêt à posséder une vitrine au cinéma. En tant qu’exploitant, je ne pouvais pas rater ce train-là. Je cherche de la visibilité pour mes cinémas et je pense qu’une salle comme le Cinérama a encore un potentiel de croissance.»

Affaire gagnante

En résumé, l’affaire est gagnante pour tout le monde. Pour «ROMA», qui mérite d’être vu sur grand écran et a même été conçu dans cette optique. Pour le Cinérama, qui devient une salle incontournable dans le paysage romand. Et même pour Netflix, qui semble y trouver son compte en tournant le dos, pour une fois, à toute polémique. En espérant que ça dure. (TDG)

Créé: 03.12.2018, 18h20

L’idée du cinéma d’auteur

Le cinéma est une expérience collective. Rassemblement
de spectateurs dans le noir d’une salle obscure, partage d’émotions, comme vous voudrez. Cette dimension, un visionnement sur un écran de télé, d’ordinateur ou de smartphone l’exclut, forcément. En passant directement à cette case-là, les productions Netflix nient ce premier degré de la perception. «ROMA» y fait désormais exception. Et c’est tant mieux. Car le film, dans cette perspective, correspond à un cinéma d’auteur comme on en concevait il y a une vingtaine d’années. Soit un noir et blanc léché pour chroniquer la vie d’une famille mexicaine de la classe moyenne, dans les années 70 et dans un quartier qui s’appelle Roma. Avec de beaux plans, d’étranges décors, des chiens partout et la naissance tire-larmes d’un bébé mort-né. Netflix a aussi son idée du cinéma d’auteur, dirait-on. Et Cuarón y correspond visiblement. Puisant dans sa propre enfance, il signe une chronique intimiste avec un sens du cadrage sidérant (rappel de «Gravity», son précédent film, un cran au-dessus). Du cinéma conscient de sa puissance, superbe mais un rien surestimé.

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