Richard Avedon, l’art par-delà le document

DécryptageRécemment inaugurée, la succursale genevoise de la Pace Gallery consacre actuellement une expo à Richard Avedon. On décortique ses «Prisonniers».

«Jesus Cervantes, Manuel Heredia, prisoners, Bexar County Jail, San Antonio, Texas, June 5, 1980», 132 x 200 cm.

«Jesus Cervantes, Manuel Heredia, prisoners, Bexar County Jail, San Antonio, Texas, June 5, 1980», 132 x 200 cm. Image: RICHARD AVEDON © THE RICHARD AVEDON FOUNDATION

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

On le résume communément à ses portraits de stars et ses photos de mode en noir et blanc. Il est vrai que Richard Avedon, né à New York en 1923 dans une famille juive d’origine russe, a livré au cours de sa prolifique carrière de perçants portraits de Marilyn Monroe, Bob Dylan, Andy Warhol, Francis Bacon ou Rudolf Nureyev parmi bien d’autres. Et qu’il a enrichi les pages de «Harper’s Bazaar», «Vogue» ou «Life» d’audacieuses prises de vue des collections de Dior, Cardin ou Chanel, comme en témoigne la célèbre «Dovima with Elephants» de 1955.

Les œuvres exposées dans la toute nouvelle galerie Pace de Genève, rue des Bergues, ont le mérite d’élargir le regard que porte le grand public sur l’artiste décédé en 2004, alors qu’il réalisait «On Democracy», commande du «New Yorker» sur l’élection présidentielle américaine. Cet espace inauguré en mars dernier, maillon romand d’une structure internationale fondée en 1960 à Boston et New York par Arne Glimcher, accueille en effet une trentaine de photographies qui incluent la dimension sociale du corpus. Sa directrice Valentina Volchkova tenait à y déployer un éventail aussi complet que possible du travail de Richard Avedon. «Lors de l’accrochage, relate-t-elle, l’intensité et la puissance de chaque cliché nous sont apparues telles qu’il était difficile de les aligner côte à côte!»

Prolongeant la volonté de mettre en avant la part plus méconnue de cette palette, nous avons choisi de commenter un tirage grand format présentant deux prisonniers du Texas. Il appartient à la série «In the American West» réalisée au tournant des années 70-80, quand Avedon est parti, objectif au cou, à la rencontre des mineurs, ouvriers, pêcheurs, cow-boys et autres prisonniers de l’ouest du pays. Il en a ramené 125 documents ouvragés avec le même art qu’il appliquait aux politiciens, aux people ou aux top models.

«Richard Avedon» Pace Gallery, Quai des Bergues 15-17, jusqu’au 2 nov., 022 900 16 50, www.pacegallery.com

Créé: 27.09.2018, 18h00



Le jeu des différences souligne instantanément cette amputation: un récit démarre alors. Mais un coup d’œil sur les trois bras restants révèle que l’intervention de l’artiste cause ses propres mutilations – indolores!



La composition du diptyque veut que la conscience du spectateur procède par zoom: on croit successivement discerner un seul modèle dédoublé, puis deux frères, deux Latinos ou deux complices. Tout préjugé tournera court avec le constat que la gémellité induite relève entièrement d’une savante mise en scène par le photographe.



Les deux taulards arborent une empreinte du Christ sur le thorax. Leur peau devient le support d’une image dans l’image, témoignant d’une foi religieuse qui tranche avec le statut de criminel.



Les jumeaux portent également tous deux un tatouage accidentel qui leur strie l’abdomen de façon inversement symétrique. Tant l’effet miroir que la mise en abyme en sont renforcés.

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.