La Ribot, mise en pleine lumière par Berne et Paris

Danse contemporaineConsécration pour la danseuse, chorégraphe et performeuse hispano-genevoise de 57 ans.

L’incoercible artiste La Ribot fait l’objet d’une rétrospective à Paris et d’une consécration suisse.

L’incoercible artiste La Ribot fait l’objet d’une rétrospective à Paris et d’une consécration suisse. Image: PABLO ZAMORA

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C’est bien connu, une bonne nouvelle n’arrive jamais seule. Pour La Ribot (marquer le t final, à l’espagnole) – pour ses fans aussi – elles déboulent par trois, dans un badaboum aussi heureux qu’inopiné. Côté création, l’artiste madrilène, installée à Genève depuis 2004, vient de divulguer «Please, please, please» au Théâtre de Vidy, un «message aux générations futures» qu’elle cosigne avec la chorégraphe Mathilde Monnier, interlocutrice de longue date, et avec le metteur en scène portugais Tiago Rodrigues.

Jusque-là, une satisfaction presque ordinaire, vu la productivité de l’auteure, notamment, de la série «Pièces distinguées» – qu’elle entend porter au nombre de cent. Côté glamour, Maria Ribot fait l’objet d’une gigantesque rétrospective étalée sur trois mois dans le cadre du Festival d’Automne à Paris: cinq spectacles et une exposition en deux parties y retracent les vingt-six ans de carrière de l’impétueuse «enfant de la Movida», comme elle y est épinglée. Côté reconnaissance officielle, enfin, elle se verra décerner, le 17 octobre à Fribourg, rien moins que le Grand Prix suisse de danse 2019 par l’Office fédéral de la culture. Pour une irréductible, une extravagante, une libre-penseuse de sa trempe, ça fait beaucoup. Mais laissons s’exprimer la reine du moment, avec son délicieux accent castillan, elle qui chevauche sous la pleine lumière, désormais, les langues, les arts, et les (in)disciplines.

Pourquoi tant d’honneurs d’un seul coup, selon vous?

Je me le demande! Tout le monde s’est mis d’accord, semble-t-il! En tout cas, c’est très intense sur le plan émotionnel.

Vous n’avez pas peur d’être «récupérée» par la culture officielle?

Pas du tout. Je ne me situe pas à contre-courant de quoi que ce soit, je suis libre, c’est tout. Je valorise énormément le soutien à l’art, même institutionnel. Le Grand Prix suisse de la danse m’est décerné par la profession. Il vient du cœur. Savez-vous déjà ce que vous direz lors de sa remise?

Malheureusement, je ne pourrai pas y être présente. Le même jour, je joue la première de ma dernière pièce à Paris, et nous n’avons pas trouvé d’autre date possible. J’irai en revanche une semaine plus tôt à Fribourg filmer mon discours. J’ai jusqu’à cette date pour réfléchir à ce que je dirai – deux choses, au minimum: merci, d’abord, et ce que je pense du soutien à l’art ensuite. Ce sont mes deux fils, Pablo (23 ans) et Mateo (14) – ndlr: dont le père est le chorégraphe genevois Gilles Jobin – qui recevront le prix à ma place. Je crois que pour une récompense de cette envergure, c’est la juste décision.

Quel accueil Vidy a-t-il réservé à «Please, Please, Please»?

Ça a été très beau, très touchant. Sur quatre soirs, les représentations se sont consolidées. La pièce est cristalline et propre. On va droit au but, on entre directement dans la poésie, et dans la tête des gens. J’ai du mal à en parler, elle se passe de mots, elle est tellement… paf!

Le Festival d’Automne vous définit comme une figure majeure de la «danse plasticienne». À savoir?

Belle formule, n’est-ce pas? Je crois qu’elle se réfère à ma pratique artistique qui applique des procédés empruntés aux arts visuels au corps, à la danse, à la chorégraphie. Pour moi, art plastique et art chorégraphique forment un tout compact et indissociable. Apparemment, c’est spécial. Certains de ces procédés détournés sont simples: couper, peindre, coller. D’autres sont plus complexes, comme fragmenter, multiplier ou assembler.

Comment votre rapport au corps a-t-il évolué en presque trente ans de création?

Le corps tel que je l’ai appris dans mes premières années de danse était formel, extérieur. J’évolue depuis vers quelque chose de plus conceptuel, de plus proche d’une expérience intérieure de la danse. J’ai progressivement délaissé la forme et l’image pour m’attacher à l’espace et au temps – une expérience du temps à la fois physique et mentale: vitale, quoi. En ce moment, à Paris, j’expose tous mes cahiers annotés depuis 1982. Les notes précises que j’ai prises durant les classes que je suivais à 20 ans, puis durant les classes que j’ai données par la suite. Aujourd’hui, je n’en prends plus, je suis dans des dimensions plus vastes et accessibles.

Poursuivez-vous votre enseignement à la HEAD?

J’y ai ouvert et codirigé la section Art/Action avec Yan Duyvendak de 2004 à 2008. Après une interruption, j’y suis revenue il y a quatre ans. Pour cause de tournée, je fais une pause cette année. J’ai le statut d’intervenante. Comme j’aime l’école et ses étudiants, j’y interviens le plus possible, pour leur apprendre à réfléchir la scène, les corps sur la scène. Le mien? J’ai mal partout, j’ai des tendinites comme tous les danseurs, mais je m’y sens bien.

Portrait La Ribot
Festival d’Automne à Paris, jusqu’au 16 novembre, www.festival-automne.com

Créé: 18.09.2019, 12h02

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