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La Revue 2017 fait rayonner ses comédiens

Mis en scène une dernière fois par Pierre Naftule, le spectacle satirique genevois a globalement réussi son pari: on y rit souvent.

Pierre Maudet incarné par le comédien Marc-André Muller, se réjouit d'accéder au Conseil fédéral dans la Revue genevoise 2017.
Pierre Maudet incarné par le comédien Marc-André Muller, se réjouit d'accéder au Conseil fédéral dans la Revue genevoise 2017.
Pascal Bernheim

En voyant les trois femmes à demie nues sur l'affiche, on a d'abord pensé qu'il s'agissait de la Revue du P'tit Music'Hohl. Mais non, c'est bien le traditionnel spectacle satirique genevois, compilant les actualités de l'année les plus marquantes. Aïe. L’humour de la dernière Revue mise en scène par Pierre Naftule sera-il aussi lourd, ou les auteurs auront-ils réussi à doser la mayonnaise? Selon l’applaudimètre, la majorité du public semble avoir été emballée. Les appréciations entendues vendredi soir à la fin de la première donnée en présence des politiciens de la Ville et de l'Etat, s'étalaient pourtant sur toute la gamme. «C’était fantastique! Bien plus drôle que l’année dernière! Quelle bonne idée ces chansons courtes, ça donne du rythme!», proclamaient les uns, tandis que d'autres assénaient: «C’était nul. Des gags lourds, vus et revus. Limite racistes. Et quelqu'un peut-il me dire ce que Naftule a contre les Chinois?»

Alors? Petit retour sur les temps forts de l’édition 2017, marquée notamment par le talent de ses comédiens.

On adore le travestissement de Joseph Gorgoni. Le comédien incarne une désopilante Doris Leuthard au strabisme débonnaire, entraînant ses copines Brigitte Macron et Melania Trump dans une chorégraphie swiss made. Il est tout aussi attachant dans le tailleur de la rassurante Marie-Thérèse Porchet, figure familiale que l'on retrouve avec plaisir chaque année.

On se délecte aussi devant Laurent Nicolet, impayable en Guy Parmelin bêta, en Eric Stauffer nostalgique («Avec Eric, sauvez la République! Avec Stauffer, ça va le faire!») ou en contrôleur de bus à mulet.

On s'esclaffe évidemment avec Pierre-André Sand, qui nous livre un Luc Barthassat complètement gaga dans un sketch gratiné: Sonné après le crash de sa télécabine urbaine, le magistrat livre ses idées géniales dans un charabia incompréhensible qu'un interprète doit traduire. Exemple: «Pour lutter contre les bouchons, je vais interdire la circulation aux heures de pointe.» Ce qui fera dire à un simili-François Lonchamp, excédé, «Gérer les conneries de Barthassat, pour moi c’est un mi-temps!»

Maudet sublime en opportuniste surmotivé

Mais la vraie vedette de cette édition, c’est Marc-André Muller. Déjà superbe d’indécence en Bernard Nicod agressant sexuellement ses employées dans un numéro féroce, il crève carrément l’écran – dirait-on au cinéma – lorsqu’il incarne Pierre Maudet cherchant à se faire élire au Conseil fédéral. Multipliant les costumes pour rejoindre le duo de guignols Guy Parmelin et Johann Schneider-Ammann accompagné d'une profileuse (la polyvalente Capucine Lhemanne), il jaillit comme un diable de derrière le décor à peine croit-il tenir une opportunité. S’il entend: «il nous faudrait un représentant du Tessin», Maudet surgit en pizzaolo, assurant que «Pietro en a dans la Calzone». «Pas assez bernois»? Il revient, revêtu d'un costume d’ours. «Il faudrait quelqu’un pouvant tenir tête aux Etats-Unis»? Le voilà en costume de l’oncle Sam, jurant comme un diable et prêt à en découdre.

On salue également l’engagement des chanteuses et comédiennes Faustine Jenny et Florence Annoni, qui assurent les chansons à deux voix – notamment sur «Quand on a que la Praille», complainte de la production de Léman Bleu, regrettant les «banquettes en skaï» et les «gaffes en pagaille» sur l’air connu de Jacques Brel.

L'humoriste Alexandre Kominek, qui alternera avec trois autres compères, a aussi déridé le public, en faisant référence notamment à la venue des Géants. «Une foule de badauds qui ont été voir une grand-mère marcher lentement. Vous y croyez? J’ai envie de dire, vas à la Migros le samedi matin, tu vas avoir un orgasme... Et elle a fait des trucs dingues. Comme pipi par terre. Moi je pisse trois gouttes dans la rue, c’est 250 balles d’amende, elle déverse dix litres, et c’est un million de subvention!»

Le marronnier lassant de Champ-Dollon

Côté obscur de la farce? Pas de ratage majeur à signaler, même si plusieurs sketches s'avèrent nettement moins drôles, notamment ceux qui sont déconnectés de l’actualité. Si le numéro sur les végétariens et autres intolérants au gluten soutire quelques rires, ce n’est pas le cas de celui sur les écrans pourrissant la vie de famille, dont la chanson, assumée par la nouvelle recrue Xavier Alfonso – pourtant très convaincant en aigle du blason genevois – ne comporte aucun gag.

La surpopulation à Champ-Dollon – marronnier lassant – et l’humour gras du prisonnier homo cherchant à profiter de la promiscuité pour satisfaire son appétit sexuel fatiguent.

Le sketch sur Alzheimer, aucunement relié à une personnalité publique, laisse planer un léger malaise dans la salle: la plupart des spectateurs imaginent un proche, ce qui donne la boule au ventre plus que le sourire aux lèvres.

Enfin, si les piques sont acérées, elles sont parfois tellement exagérées qu'elles perdent en humour. Céline Amaudruz dépeinte comme une alcoolique chronique («on m'appelle la barrique»), Guillaume Barazzone en junkie accro à l'ecstasy et Ester Alder en bête de sexe apprécieront.

Bilan? Sans être l’édition de tous les superlatifs et malgré quelques lourdeurs, la dernière revue de Naftule remplit son contrat: on y rit souvent. Et de bon cœur.

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