«Re-Vivre» quatre différentes versions d’un même souvenir

ThéâtreLa Compagnie Anadyomène conclut le triptyque qu'elle consacre depuis 6 ans à Georges Perec.

Deux frères, deux sœurs dispersent les cendres paternelles.

Deux frères, deux sœurs dispersent les cendres paternelles. Image: SANDRA POINTET

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Emmenée par Erika Von Rosen, la Compagnie Anadyomène nourrit depuis 2011 un fécond dialogue avec l’écrivain Georges Perec. Après avoir transposé Interroger l’habituel et Je suis une chose qui mange sur différentes scènes de la ville, ses quatre membres concluent aujourd’hui leur faste échange avec l’auteur de La Vie mode d’emploi. En restant fidèles à l’esprit du mouvement OuLiPo dont Perec était l’un des chefs de file: algébrisme dans la forme, créativité dans le fond.

Le pitch de Re-Vivre est aussi universel que singulier: la mort du père fait de soi un orphelin. De soi, mais également de sa fratrie, qui percevra l’événement selon le vécu particulier de chacun de ses composants. Au récit de Georges Perec W ou le souvenir d’enfance (1975) se mêlent ici deux couches supplémentaires: une fiction originale grattée par la très reconnaissable plume genevoise Valérie Poirier – lauréate d’un Prix suisse du Théâtre 2017 qui lui a été remis ce mercredi à Lugano. Ainsi que les témoignages autobiographiques des comédiens impliqués dans le projet – à savoir Cédric Djedje, Jean-Luc Farquet, Brigitte Paul et la metteure en scène Erika Von Rosen. Le kaléidoscope porte encore la marque chorégraphique de Caroline de Cornière et la signature visuelle de la vidéaste Valéria Stucki, l’une et l’autre soufflant sur le spectacle une brise tantôt ironique ou poétique.

Le rendu de cette fragmentaire boule à facettes? Elle ouvre un espace à mi-parcours des Exercices de style de Raymond Queneau, cet autre éminent oulipiste, et du Rashomon d’Akira Kurosawa, qui livrait à l’art cinématographique de 1950 quatre versions contradictoires d’un même crime.

De cocasses détails viennent ici faire voler en éclats le tragique de la situation initiale: l’urne funéraire descellée par le plus méticuleux des frères répand malencontreusement ses cendres aux pieds de la bavarde aînée, de l’émotive puînée et du pragmatique cadet. L’incident ayant variablement marqué les mémoires de la progéniture, la pièce adopte chacun des points de vue à la suite, ponctués par des arrêts sur image et portés par un jeu stylisé à point. Evocatrice, l’expérience pouvait s’autoriser à bousculer davantage.

Re-Vivre Théâtre Pitoëff, jusqu’au 2 juin, 022 808 04 50, www.pitoeff.ch (TDG)

Créé: 26.05.2017, 16h43

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