Le Réveil divise l’Eglise protestante de Genève

1817Il y a 200 ans, des croyants quittent l’Eglise officielle et lancent le mouvement évangélique

La chapelle de la Pélisserie en 1978. Cliché de Jean-Luc Brutsch.

La chapelle de la Pélisserie en 1978. Cliché de Jean-Luc Brutsch. Image: BIBLIOTHÈQUE DE GENÈVE

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La chapelle date de 1839, mais les fidèles qui la fréquentent sont issus d’un mouvement de vingt-deux ans plus ancien. Pasteur de la Pélisserie depuis 2010, Michel Jeanrenaud y a participé le week-end dernier aux commémorations du 200e anniversaire de la première Eglise évangélique de Genève. La date retenue est celle du 21 septembre 1817.

Ce jour-là, sous la présidence de César Malan, un groupe d’une douzaine de personnes prit la Cène hors des structures de l’Eglise protestante de Genève, marquant ainsi sa séparation d’avec la communauté fréquentant les cultes habituels à Saint-Pierre, à la Madeleine ou à la Fusterie. Le Réveil avait fait naître l’Eglise évangélique.

Sans entrer dans trop de détails théologiques, disons que le Réveil symbolisait par son nom même la volonté de sortir de l’engourdissement, sinon du sommeil, dans lequel l’Eglise protestante semblait être tombée à cette époque.

L’acte fondateur fut donc cette Cène – le pain et le vin pris en commun en mémoire du dernier repas du Christ – par quelques dissidents. Ils s’étaient réunis à Sécheron, dans une Villa Pictet-Menet occupée par un riche Anglais, Henry Drummond, acquis aux idées du Réveil. Cette villa a disparu au XXe siècle au profit d’une aile du BIT, aujourd’hui l’OMC.

Poursuivis à coups de pierres

Dans une ambiance de réprobation grandissante de la part des tenants de l’Eglise officielle, l’Eglise évangélique se développa. Au début, les pasteurs réunissaient leurs ouailles au Bourg-de-Four, dans l’immeuble du café La Clémence. L’un d’eux, Emile Guers, a laissé ces lignes sur le climat de 1818: «C’étaient tous les jours de nouvelles alertes. La vie de notre frère (ndlr: Ami Bost, grande voix du Réveil) et celles aussi de quelques-uns d’entre nous furent plus d’une fois en péril.» Il ajoutait à propos des années suivantes: «Les habitants de Saint-Gervais se soulevèrent contre nous. Ce fut, comme en 1818, une véritable émeute. Expulsés de ce quartier à coups de pierres, nous nous vîmes poursuivis jusque dans notre asile du Bourg-de-Four. Le 10 août 1825 surtout fut pour nous un jour de vives alarmes, assaillis par la populace, nous courûmes de graves dangers dans notre assemblée du soir.» Tels furent les premiers temps du Réveil à Genève, animés par ces courageux croyants appelés les mômiers par les autres protestants. La Vieille-Ville leur doit un autre édifice, la chapelle de l’Oratoire, elle aussi signée Louis Brocher, qui date de 1833. Elle abrite l’Eglise évangélique libre de l’Oratoire, qui a fêté le même 200e anniversaire, en février dernier, avec les fidèles de la Pélisserie.

(TDG)

Créé: 06.10.2017, 15h55

Pélisserie: premier bijou néogothique

La chapelle de la Pélisserie, propriété de l’Eglise évangélique du même nom, est très surprenante. De la rue, on la remarque à peine, car la pente est raide et le regard attiré vers le sol. La discrétion était de mise pour cette communauté religieuse dissidente, dont l’émergence n’avait pas été accueillie très chaleureusement à ses débuts. Toujours en fonction depuis 178 ans, cet élégant sanctuaire est aujourd’hui considéré comme l’exemple le plus ancien du style néogothique à Genève. D’autres spécimens suivront tout au long du XIXe siècle, comme le temple des Eaux-Vives (1842), le temple de Plainpalais (1847) ou la basilique Notre-Dame de Cornavin (1859). La chapelle de la Pélisserie a été inaugurée en 1839. Elle est l’œuvre de l’architecte genevois Louis Brocher (1808-1884), lui-même membre de l’Eglise évangélique.

Le bâtiment a été classé monument historique en 1992 et restauré de 2003 à 2006. On peut le visiter librement lors de la Fête de la musique et le week-end de l’Escalade. Les offices dominicaux sont évidemment libres d’accès.

En passant de la rue dans l’édifice, on est surpris de ne pas entrer directement dans la salle principale du temple. Celle-ci se trouve au-dessus. L’espace que l’on traverse est un hall sans charme, pourvu de bibliothèques et meublé banalement. On y trouve les commodités de l’endroit. Au fond, deux volées jumelles de marches de pierre, l’une à gauche, l’autre à droite, conduisent dans la salle de culte. Celle-ci est vaste et lumineuse, pourvue sur trois côtés d’une galerie à balustrade de bois. Un orgue y trône, des années 1820-1830, dit orgue Walpen, du nom d’une dynastie suisse de facteurs d’orgues de Reckingen, en Valais.

A côté de la chaire, un plancher amovible dissimule une baignoire qui sert pour les baptêmes par immersion pratiqués par l’Eglise évangélique. Deux hautes fenêtres en ogive et un oculus ouvrent sur la rue de la Pélisserie. L’Eglise évangélique de la Pélisserie possède un joli petit tableau anonyme représentant une sortie de culte hivernale dans les premières années de son existence. B.CH.





























































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