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Regards sociologiques chez Art Bärtschi & Cie

Le photographe vaudois Yann Gross a promené son objectif dans la forêt amazonienne tandis que la peintre espagnole Carmen Calvo fait œuvre de mémoire.

«Tupichua, la femme jaguar» (2015). D'après une légende des Iquitos, au Pérou.
«Tupichua, la femme jaguar» (2015). D'après une légende des Iquitos, au Pérou.
Yann Gross
«Perpera Suruí» (2012). Perpera était le chaman de la communauté de Lapetanha, au Brésil. Il est désormais le portier de l'église évangélique du village et a délaissé ses pratiques chamaniques.
«Perpera Suruí» (2012). Perpera était le chaman de la communauté de Lapetanha, au Brésil. Il est désormais le portier de l'église évangélique du village et a délaissé ses pratiques chamaniques.
Yann Gross
«Perversamente, muy cerquita» (2016). Technique mixte, fer.
«Perversamente, muy cerquita» (2016). Technique mixte, fer.
Carmen Calvo
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Dans l’Amazonie de Yann Gross, on rencontre des chamans, une nature luxuriante et des bêtes exotiques, certes. Mais ces représentations attendues ne disent pas ce qu’on attend d’elles. Les sorciers ont désappris les esprits pour porter une cravate, la foisonnante forêt a été vidée de ses populations au profit de multinationales avides et les animaux sauvages sont capturés en vue d’engraissement, si leurs dépouilles écorchées n’attendent pas déjà d’être jetées à la marmite.

C’est en participant à un programme de reforestation au Brésil durant son service civil en 2008 que le jeune photographe veveysan est tombé amoureux de cette vaste région d’Amérique du Sud. Il y a mené un long travail documentaire – exposé cet été aux Rencontres d’Arles et lauréat à Genève du 1er Prix de photographie des droits humains en 2015 –, posant un regard à la fois artistique et ethnographique sur ses sujets. «Yann Gross aime photographier des histoires, affirme Barth Jonhson, codirecteur de Art Bärtschi et Cie. Il ne s’agit pas du témoignage direct de la réalité, il y a toujours un minimum de mise en scène.»

Intitulée The Jungle Show III, la série renverse les stéréotypes pour présenter diverses facettes de l’Amazonie contemporaine, entre concours de miss, groupe de rap et évocations tribales. Avec délicatesse et pertinence, elle questionne l’identité des communautés indigènes, qui tentent simultanément de s’approprier le mode de vie occidental et de réinventer des traditions ancestrales oubliées.

La réflexion menée par Carmen Calvo s’attache également à retracer la mémoire d’un pays, en convoquant notamment les décennies sombres de l’Espagne franquiste. L’artiste, qui vit et travaille à Valence, marie des objets banals pour créer des œuvres énigmatiques et déroutantes. Tels ces portraits photographiques anciens en noir et blanc, agrandis, sur les visages desquels sont collés poupées en plastique, coquillages ou énormes yeux en terre cuite.

L’interprétation de ces figures bâillonnées, aveuglées, censurées, est laissée au spectateur, lequel puise dans son histoire personnelle pour produire des associations. Ces enfances ont-elles été volées, ces femmes maltraitées? Ou au contraire, sont-ce d’épouvantables tortionnaires dont on voile la face?

Si certaines pièces peuvent évoquer de noirs fantasmes, d’autres ne manquent pas d’humour. Comme cette jambe de mannequin montée sur un socle, dont la cuisse est ceinte d’une jarretière de pénitence en métal. Ou ce moulage des dents de l’artiste emprisonnant un morceau de fausse fourrure.

Yann Gross et Carmen CalvoArt Bärtschi & Cie, 24, rue du Vieux-Billard. Jusqu’au 13 janvier 2017.

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