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Reflets d’or dans un miroir belge

Tg STAN revient, et c’est tout Saint-Gervais qui trépigne!

Impayables Frank Vercruyssen, Damiaan De Schrijver, Jolente De Keersmaeker et Els Dottermans dans «Quoi/maintenant».
Impayables Frank Vercruyssen, Damiaan De Schrijver, Jolente De Keersmaeker et Els Dottermans dans «Quoi/maintenant».
KOEN BROOS

Dégaine prosaïque, mine chiffonnée, accent effervescent, le collectif flamand tg STAN foule Genève comme il arpente son Anvers d’origine. Après onze invitations par Philippe Macasdar, ses quatre piliers – Frank Vercruyssen, Damiaan De Schrijver, Jolente De Keersmaeker et Sara De Roo – se sont conquis au Théâtre Saint-Gervais un inconditionnel bastion d’adeptes. Depuis 2004, tour à tour avec Tout est calme, Trahisons ou My Dinner with André, ils déchaînent le sous-sol de la rue du Temple.

Pourquoi tant de ferveur? Comment expliquer que la billetterie soit pareillement prise d’assaut en ce gris mois de janvier, quand se donnent, pour trois dates chacune, Quoi/maintenant la semaine passée, puis le solo Alleen dès ce jeudi – deux productions en tournée depuis 2016? On profite de la mi-temps entre les deux spectacles pour oser des hypothèses.

Ni jeunes ni beaux, pas plus rétrogrades que digitalisés, victimes occasionnelles de trous de mémoire que rattrape une souffleuse, les comédiens de tg STAN explosent sans effort les compteurs du génie interprétatif. Ils passent les textes de leur répertoire au crible d’une méthodologie démocratique, terre à terre, d’une franchise qu’aucune esbroufe n’entache. Leurs dispositifs scéniques, redoutablement efficaces, se montent et se transportent sans exigence particulière. Certes. Mais autre chose vient asseoir le tour de force.

Prenons ce Quoi/maintenant – dont on vient d’assister à la création de la version francophone, avant son escale à Paris. Fusionnant deux textes respectivement du Norvégien Jon Fosse et de l’Allemand Marius von Mayenburg, la pièce nous plonge dans la vie domestique d’une famille bobo, friande d’art contemporain, qui instaure en toute politesse avec sa nouvelle femme de ménage un rapport de maître à esclave. Au fil des scènes, les principales obsessions qui occupent la société occidentale contemporaine ont droit de cité: intolérance au gluten, homosexualité, harcèlement ou humanitaire. À chaque occurrence, tandis qu’elle nettoie les salissures de ses employeurs, l’aide-ménagère met involontairement à nu une nouvelle hypocrisie larvée de la classe dominante.

Ajoutez à ces thèmes déjà fédérateurs la parenté que peut ressentir le public romand avec une troupe elle-même issue d’un petit pays multilingue, morcelé, satellisé. Complétez ce cousinage d’un propos réflexif sur l’expérience dramatique telle qu’elle se vit ici et maintenant, sur la scène et dans les gradins, à travers une parole sans cesse décortiquée. Vous arriverez à la conclusion que les ressorts de tg STAN relèvent essentiellement du miroir – ce «miroir qu’on promène le long d’un chemin», comme l’écrivait Stendhal à propos du roman. En cela, le collectif belge ne fait rien d’autre que réhabiliter, avec une jubilation qui frise le cabotinage, l’entre-soi du théâtre de boulevard: sur les bourgeois, par les bourgeois, pour les bourgeois!

«Alleen» Th. Saint-Gervais, du 18 au 20 jan., 022 908 20 00, www.saintgervais.ch

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