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Qu’est-ce que bouger révèle de soi? Katerina Andreou répond par «BSTRD»

Au gré d’une âpre cavalcade, la chorégraphe et danseuse grecque livre une part irréductible de son identité bâtarde.

C’est plus fort qu’elle: Andreou réagit à la house par le sirtaki.
C’est plus fort qu’elle: Andreou réagit à la house par le sirtaki.
PATRICK BERGER

Laissez-vous porter par les secousses d’un rythme brut répété en boucle, quelque chose de vos origines, de votre genre, de votre passé, de votre tempérament filtrera toujours. À observer une transe, même au fin fond d’une discothèque, on atteindra forcément le noyau d’une identité.

Cette constatation d’ordre ethnologique, on y vient subtilement, à tâtons, presque par hasard, sans qu’une quelconque explication ne soit fournie, tandis que Katerina Andreou, Athénienne désormais basée en France, dévide son deuxième solo chorégraphique, «BSTRD», accueilli cette semaine aux Eaux-Vives.

Voyez-la plutôt. Sur une estrade carrée, disposée en losange devant le public, la danseuse s’en va d’abord déposer sur une platine le 33 tours qu’elle a expressément fait graver pour l’occasion. Une trombe de percussion minimale, sèche et ininterrompue se déverse des enceintes. D’abord de dos, puis de profil, plus tard encore de face, l’artiste, crinière au vent, chevauchera cette sauvage house music, comme à cru sur un mustang au galop.

Énergique, athlétique, exaltée, désespérée peut-être: tels sont les premiers adjectifs qui viennent en tête. Mais soudain, voilà qu’un mouvement de pied, une main balayant la taille, l’intérieur d’un talon effleuré des doigts dans son dos renvoie aux danses populaires grecques – auxquelles aura mille fois assisté la jeune Andreou. Plus loin, c’est ce sourire crispé, presque un rictus, qui est le propre des filles qui se déhanchent en boîte, avant de s’éclipser – comme elle – pour remettre du rouge à lèvres. Ailleurs transparaîtra tel motif piqué lors d’une rave. Ou l’épuisement physique fera rater puis rattraper un temps, comme il arrive dans l’intimité de son salon. Ou une brève déambulation relâchée aidera à ressauter sur le train en marche au prochain «go!» lancé par la bande-son.

Chassez le conditionnement, il revient au galop. Même dans un état de libération de soi, un élément vient emprisonner dans une définition. Heureusement pour Katerina Andreou – et pour tout un chacun –, cette irréductible part identitaire n’entrera jamais quant à elle dans un moule préétabli. L’individu et son libre arbitre se cachent dans leur bâtardise. D’où le titre de la pièce: un «bastard» dont les voyelles ont été supprimées. Comme sur les réseaux sociaux, agents d’un déterminisme nouveau, auquel on échappe grâce à son degré d’hybridation.

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«BSTRD» ADC, jusqu’au 10 nov., 022 320 06 06, www.adc-geneve.ch

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