«Présentation de saison» ou l’écrit mis à l’épreuve par la scène

ThéâtreAdjoint à la direction du Grütli, l’ex-journaliste de la «Tribune» Lionel Chiuch est l’auteur et le co-metteur en scène de cette rêverie délirante et compacte.

Le directeur de théâtre Klaus (Julien Tsongas) avant d’entrer dans l’arène de la présentation de saison.

Le directeur de théâtre Klaus (Julien Tsongas) avant d’entrer dans l’arène de la présentation de saison. Image: J. H. ANSELMO

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Un directeur, son communicateur Hermès, deux trois metteurs en scène inspirés, un critique du «Genfer Beobachter», une comédienne hystéro, un réparateur d’ascenseurs du nom de Charon… Sur le plateau d’un théâtre en déréliction – débris, projecteurs entassés, table bancale, chaises rouillées –, ces ambassadeurs d’un art dont la déchéance porte encore les traces de sa splendeur passée se préparent à l’événement du jour: la présentation de saison. Ce rituel de mai visant, grâce au relais médiatique, à appâter les abonnés à travers un programme qui se donne lui-même en spectacle.

Sur le seuil dilaté de ce rendez-vous qui n’aura pas lieu (lire toutefois la note ci-dessous), il sera question pêle-mêle de pizza à l’ananas (ou l’effondrement du progrès de l’humanité), d’un chien errant qu’on méprend pour un singe, de viandes en putréfaction ou d’une valise dont on a perdu les clés. Le ton tâtonne entre cynisme, nostalgie, surréalisme et fulgurances littéraires. D’un seul tenant, les dialogues s’enflent d’une érudition capiteuse, avec allusions en filigrane à Proust, Artaud, Homère et tant d’autres. Les métaphores circulent en faisant chanter leurs sirènes éraillées: le monte-charge de la poésie, la prometteuse boîte gigogne, le masque à gaz postapocalyptique. Si Luigi Pirandello pouvait s’accoupler avec Rodrigo Garcia, tel serait peut-être le fruit de leurs ébats. D’où, pour le spectateur sortant, la sensation d’avoir englouti un plat incontestablement riche, mais quelque peu filandreux.

Question: qu’aurait écrit Lionel Chiuch sur sa pièce s’il avait gardé le poste de critique théâtral qu’il occupait jadis à la Tribune de Genève? C’est-à-dire avant qu’il intègre la direction du Théâtre du Grütli, auprès d’un Frédéric Polier enclin aux présentations de saison à rallonge, et co-metteur en scène de la présente «farce métaphysique». Notre auteur avait bien signé les comédies Pétasses et Pétasses II au tournant du millénaire, mais ne s’était jamais aventuré à passer à l’acte. L’homme de lettres ayant désormais franchi l’Achéron, on n’aura pas sa réponse écrite. Mais ce commentaire, obtenu par téléphone: «Confronter sa plume au plateau, c’est un vrai métier, schizophrène et passionnant». Faut-il s’étonner si son éloquence s’avère au final plus percutante dans sa mise en scène que dans sa rédaction?

Présentation de saison Th. du Grütli, jusqu’au 12 juin. Précédé de «vraies» présentations de la saison 2016-17 les 2, 7 et 9 juin à 18 h 45. 022 888 44 88, www.grutli.ch

Créé: 26.05.2016, 19h29

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