Poelvoorde reste fidèle «Au poste!»

InterviewPrince de l’absurde, le trublion trouve un alter ego en Quentin Dupieux, cinéaste barjot.

Benoît Poelvoorde incarne un inspecteur tatillon et un peu bouché.

Benoît Poelvoorde incarne un inspecteur tatillon et un peu bouché. Image: DR

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Ces derniers mois, après un Festival de Cannes chahuté, Benoît Poelvoorde, 55 ans, semblait perdu. Du moins, le trublion se laissait-il oublier, à la pêche dans sa villégiature sénégalaise avec son chien et meilleur psy.

Ou peinard à Lustin, près de Namur, avec ses potes anciens, garagiste et consorts qui répareraient sa carrosserie éraflée d’hypersensible. Requinqué, l’acteur sort de sa retraite, un bouquin du fameux desperado des lettres belges Henri Michaux sous le bras, un film surréaliste sous l’autre.

Extrémiste, Benoît Poelvoorde assurait, il y a peu, refuser les talk-shows télé. Cette virginité médiatique évoque celle que s’imposa son cher Henri Michaux, dont il donne volontiers lecture. «Mais il est temps de me taire. J’en ai trop dit. Un mot de plus, je culbutais dans la vérité.» Y bruisse la lassitude du clown en service. Après la comédie «Au poste!» de Quentin Dupieux, voilà que l’absolutiste certifie ne plus jamais jouer de flic. «Parce qu’un scénario pareil vous déchire! Tout est dedans.»


La bande-annonce:


Pourquoi vous mobilisez-vous pour «Au poste!»?
Parce qu’un film pareil en a besoin. Je m’explique. Quand j’ai lu le scénario, j’ai eu une grosse angoisse. Je ne connaissais pas beaucoup ce cinéaste Quentin Dupieux, un peu par «Pneu» («Rubber»), par Eric (Judor) et «Steak». Je flippais: serait-il à la hauteur? Je l’ai rencontré. Et puis, il m’a promis un tournage court, 4 à 5 semaines au maximum.

C’était la condition?
Noooon, pas seulement. Avant de sceller le pacte, je me suis assuré que ce n’était pas une tête de con, d’arrogant. Nous avons bu une bière, nous nous sommes marrés.

Avez-vous revu les classiques, «Garde à vue» avec Ventura, Serrault, «Police» de Pialat?
Surtout pas. Car après des chefs-d’œuvre, vous n’osez plus passer. Bon ici, la comédie l’emporte. Puis le rôle n’était pas écrit pour moi mais pour Gérard (Depardieu). Tiens, ça m’amuse de penser à lui à ma place dans ce film.

Au fond, n’êtes-vous pas le jumeau mental de Depardieu?
Sans doute. Nous nous reconnaissons dans le caractère. Ça me plaît, tiens, gémellité cérébrale. Nous partageons le même goût pour la terre, le terre à terre même. Un peu plat, un peu plouc.

D’autres diront poète lunaire et tout le bazar…
Entre les deux, il n’y a qu’un champ de patates. Je dis des choses et quand on me les rappelle, j’essaie parfois de comprendre ce dont je déblatérais. Mais je ne peux pas me prendre à la lettre, n’étant pas moi-même un poète.

Plutôt que de tabler sur de grosses productions, vos choix récents n’indiquent-ils pas un tournant?
Les films, honnêtement, je m’en fiche un peu. Je suis à l’affût des artistes, et je me suis aperçu que les plus fauchés sont aussi les plus libres.

Qu’attendez-vous du cinéma?
En fait, je n’ai jamais vraiment cherché le cinéma. «C’est arrivé près de chez vous» (Rémy Belvaux, 1992), j’étais ami du réalisateur, et je me suis retrouvé là-dedans. Mais je n’avais pas la volonté de travailler avec des indépendants. En fait, j’ai toujours été mené par l’idée d’aller vers les gens. Pas de sortir des trucs de moi-même.

Mais vous avez une identité.
Mais quand j’y réfléchis, quand on me demande par exemple si un jour, j’aimerais réaliser moi-même un film… Objectivement, je dois avouer que je n’ai rien à dire. À mon âge, voilà. J’en suis là. Par contre, je vénère les passionnés, les écrivains notamment, j’en ai une admiration totale!

Pourriez-vous être autre que comédien?
Non, je cherche toujours. Je chemine dans la plus grande honnêteté. Et le jour où je comprendrai pourquoi je suis devenu acteur, j’imagine que ce sera fini pour moi. Maintenant, pourquoi je m’obstine, quitte à souffrir beaucoup parfois, quitte à en crever? Je ne sais pas faire autre chose.

À croire que vous avez des «cauchemars éveillés», du style «Au poste!»?
Ah! mais tout le temps. Tiens, encore aujourd’hui, dans cette lumière de Belgique qui est la même le matin que le soir… (TDG)

Créé: 10.07.2018, 18h13

Critique: Au théâtre de l’absurde

Après avoir signalé un soir tard, un cadavre ensanglanté au pied de son immeuble, un homme ordinaire (Grégoire Ludig) se retrouve en garde à vue. Un inspecteur (Benoît Poelvoorde) mène l’interrogatoire avec une maniaquerie tatillonne, s’obstine à ressasser le déroulé des faits.

Alors que ce policier un peu bouché s’absente un court moment, un de ses collègues se tue par accident, en tombant sur une équerre. Pas besoin de grandes mathématiques pour comprendre que le prévenu va s’enfoncer dans les profondeurs abyssales de la bavure administrative.

Sur cette zone mouvante de la logique, terres de prédilection du réalisateur Quentin Dupieux, Benoît Poelvoorde gambade avec allégresse. Face à un metteur en scène fantasque qui bricole ses atmosphères avec une boîte à outils aussi ingénieuse que celle d’un Michel Gondry, le Belge ne refuse aucune piste.

Au contraire, avec un aplomb total, il s’engage dans les hypothèses les plus ahurissantes et s’y abandonne avec délectation. Dans ces bureaux moches, nul horizon n’apparaît, sinon celui des étoiles à travers la fenêtre. «C’est pour cela que je fais ce métier», médite le flic si ordinaire dans son col roulé vert caca d’oie triste. Là, on peut le croire. Dommage que la banalité rationnelle ramène à la plausibilité cette fantaisie policière.

«Au poste!»
France, 73’, 16/16
**

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Barrière de röstis pour les initiatives alimentaires
Plus...