Au Poche, on éteint «Le Brasier» de la malédiction familiale au gaz hilarant

ThéâtreEn montant cette comédie noire du Québécois David Paquet, Florence Minder clôt le cycle premier des aventures de l’Ensemble.

Fred Jacot-Guillarmod, Rébecca Balestra et Christina Antonarakis culbutent dans la farce la première saison de l’Ensemble.

Fred Jacot-Guillarmod, Rébecca Balestra et Christina Antonarakis culbutent dans la farce la première saison de l’Ensemble. Image: SAMUEL RUBIO

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Elles sont trois – puisque au Poche, depuis un an, le féminin l’emporte au pluriel –, même si l’une d’elles est un garçon. Trois membres de l’Ensemble, cette troupe de six comédiens constituée par Mathieu Bertholet pour porter les créations de la saison: Fred Jacot-Guillarmod, Rébecca Balestra et une Christina Antonorakis dont la maestria monte en flèche.

Trois, comme les trois tiroirs du gag québécois qu’elles ouvrent et referment selon les instructions de leur metteure en scène, Florence Minder. Trois, enfin, comme les trois générations d’une lignée sous le coup de la fatalité que balaie le récit. Que dis-je: la bouffonnade. Le foutoir. Mais aussi, dans l’écriture, la gageure. Bref, «Le Brasier».

Les triplées, d’abord. Claudie, Claudette et Claudine – perruque sombre, monosourcil congénital, créoles et vêtements assortis – ressassent cette lamentation de leur mère: «J’aurais dû mettre un stérilet, tabernacle!» L’une étouffe son fils au point d’en faire un pyromane, l’autre se réfugie dans la cuisson de ses biscuits, la troisième se calfeutre dans son coin du triplex, tentant de cacher au monde qu’elle a abandonné jadis son propre enfant. C’est justement à ce fils, Clément, qu’est consacré le deuxième chapitre: devenu grand, il courtise une Carole éplorée par la mort de son toutou, qu’elle remplacera bientôt par une tarentule. Leur future fille Caroline fait l’objet du dernier volet, qui nous la montre à son tour adulte, c’est-à-dire parfaitement névrosée, prisonnière d’un schéma qui la conduit de la frustration sexuelle à la boulimie de télévision, puis du saccage de celle-ci à la masturbation, avant de s’échouer dans l’achat frénétique de bibelots une fois assouvi son appétit pour un tueur en série.

Caroline s’avérera à la fois la génitrice des triplées initiales et leur descendante directe. Pour souligner la malédiction qui pèse sur l’humanité, David Paquet déroule une temporalité paradoxale, qui évoque le ruban de Moebius ou un dessin de M.C. Escher. En y injectant sa langue débridée et des propos jubilatoirement incorrects, l’auteur canadien neutralise le constat tragique par une déflagration de comique absurde. Soutenu par le jeu imagé de notre semi-Ensemble, le résultat se perçoit comme le bâtard du stand-up et du surréalisme.

«Le Brasier» Le Poche, jusqu’au 17 mars, 022 310 37 59, www.poche---gve.ch

Créé: 05.03.2019, 19h21

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