Plongée dans les paradoxes biélorusses

DécryptageUn livre du photographe genevois Nicolas Righetti dresse un portrait fascinant de l'ancienne république soviétique.

Image: Nicolas Rigghetti

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Il s’agit d’un pays «sur lequel on n’écrit pas». Ce constat, sous la plume de l’écrivain français Patrick Besson, ouvre la préface de «Biélorussie Dreamland», récemment publié par le Genevois Nicolas Righetti. Sept séjours dans cette nation méconnue lui ont inspiré le premier ouvrage photographique francophone publié sur l’État placé depuis 1994 sous l’emprise autocratique de l’indéboulonnable Alexandre Loukachenko.

En presque 100 images, l’artiste – déjà auteur de livres sur la Corée du Nord, le Turkménistan ou la Transnistrie – dresse un fascinant portrait du Bélarus, où les élans vers le global et le contemporain se télescopent, sur un mode tant loufoque que poétique, avec des traditions ancrées dans l’âme populaire. «Le décalage entre passé soviétique et ouverture sur l’Occident y est frappant», commente Nicolas Righetti qui, après y avoir voyagé en solo, a souhaité approcher les sphères du pouvoir en sollicitant une visite guidée. Chaperonné de tout près par l’inflexible Sergeï, chef de la délégation biélorusse, et de Diana, traductrice et mannequin, il a pu assister à d’abondantes célébrations et effectuer des visites soigneusement encadrées. «L’hôpital le plus moderne, la cathédrale la plus grande: tout relevait de la mise en scène, visant à me convaincre de la beauté divine du pays.»

Ce cliché étonnant où figure un individu affublé d’un masque à gaz et d’une chapka a été pris à Minsk le 3 juillet, jour de l’indépendance. «Je trouve cette image un peu folle: au cœur d’une capitale ultramoderne et en fête surgit ce jeune homme bizarrement fagoté, qui exprime pour moi le choc des cultures. Le fait que les Biélorusses jouent sur les mêmes valeurs que les Américains m’interpelle: armée, religion, grandiloquence dans les démonstrations du pouvoir sont prépondérantes, même si leurs gouvernements mènent des politiques contraires.» Le rapprochement n’en est que plus éloquent.

Biélorussie Dreamland, de Nicolas Righetti, Éd. Favre, 181 p.

Créé: 09.01.2020, 19h48

Architecture

Les immeubles qui bordent le fleuve Svisloch sont représentatifs de l’architecture de la ville. Ravagée durant la Seconde Guerre mondiale, Minsk a été rebâtie dans le plus pur style stalinien. «Les édifices sont pourvus d’énormes colonnes, au pied desquelles on se sent tout petit, raconte Nicolas Righetti. Tout a été conçu pour exalter la grandeur soviétique.»

Baguette

Le personnage brandit un bâton muni en son bout d’une étoile dorée et de deux pans de ruban écarlate flottant au vent. Cette curieuse baguette brasse joyeusement les symboles. Si le rouge, l’or et l’étoile renvoient au communisme, on devine sur le manche l’inscription «Merry Christmas». L’homme a-t-il bricolé son sceptre de fête avec une bribe de décoration de Noël? La badine colorée, assortie au masque et au couvre-chef, lui confère l’allure d’une fée post-nucléaire.

Collision

L’accoutrement exprime la collision des mondes. Vêtu d’un tee-shirt et d’un pull à capuche parfaitement mondialisés, le garçon porte un couvre-chef très russe et un vieux masque à gaz qui pourrait évoquer la catastrophe de Tchernobyl, dont le nuage a balayé la Biélorussie. Mais les lunettes noires chaussées sur le museau de cuir indiquent peut-être simplement qu’il faut s’amuser de tout...

Esthétique

On est en plein été, mais le ciel paraît maussade et les promeneurs sont vêtus de long. La météo rappelle que la canicule n'est pas de mise sous ces latitudes; le gris des nuages sert l’esthétique de la photo, en mettant bellement en valeur le mouvement allègre du ruban cramoisi.

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