Pico Bogue a l’esprit de famille

Bande dessinéeDessiné par Alexis Dormal sur des scénarios de sa mère, Dominique Roques, le petit héros vif et curieux évolue entre humour et tendresse. Interview de ses créateurs.

Pico Bogue et sa petite sœur, Ana Ana, face aux embruns, sur les pages de garde de leur nouvel album. À l’aquarelle, Alexis Dormal aime offrir une vaste palette d’émotions dans cette série écrite par sa mère.

Pico Bogue et sa petite sœur, Ana Ana, face aux embruns, sur les pages de garde de leur nouvel album. À l’aquarelle, Alexis Dormal aime offrir une vaste palette d’émotions dans cette série écrite par sa mère. Image: Dormal/éd. Dargaud

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La légende raconte que très tôt, Alexis Dormal reçut des livres d’images, qu’il barbouillait de chocolat. Au grand dam de sa mère? Pas du tout, et pour cause: c’est cette dernière qui concoctait les gâteaux! Quarante ans plus tard, Alexis, devenu barbu, met en images d’irrésistibles histoires, que des minots tartinent peut-être de chocolat. Ou pas. Sa maman, Dominique Roques, reste de la partie: c’est elle qui lui écrit ses scénarios. Inédite, cette association entre un dessinateur et sa mère a donné lieu à un bijou de BD au succès grandissant, «Pico Bogue», et à sa série dérivée, «Ana Ana».

Vif et curieux, Pico, petit rouquin d’une dizaine d’années à la langue bien pendue, a le sens de la repartie aiguisé. Cousin éloigné du Petit Nicolas sur le plan graphique, il possède une certaine parenté, au mental, avec les Peanuts et Mafalda. Autant d’influences revendiquées par ses créateurs, croisés récemment au Salon du livre de Genève. «J’ai toujours adoré les dessins de Sempé, et globalement tout ce qui porte un regard ironique et ingénu sur la vie», raconte Alexis Dormal.

Haïkus plein d’humour

En famille, dans la campagne bruxelloise, le futur diplômé d’une école… de cinéma dévorait de la BD humoristique. Aux séries précédemment citées, il ajoute «Calvin et Hobbes», autre source potentielle d’inspiration. «On partage une même vision de l’existence, à la fois extrêmement rêveuse et terre à terre, optimiste et pessimiste», précise Dominique Roques. Liés par l’idée que l’univers de l’enfance recèle autant sinon davantage de richesse que bien des élucubrations d’adultes, la mère et le fils s’entendent comme larrons en foire. «On se connaît, on s’adore, on va dans le même sens.»

Elle, en Belgique, écrit sur des bouts de papier – «des tickets de caisse parfois» – différents haïkus pleins d’humour, qu’elle appelle «mes petits sketchs». Un bouillonnement d’idées véhiculé par des dialogues ciselés. Passionnée depuis toujours par l’étymologie, elle aime jouer sur le langage. «Je me souviens d’un gros dictionnaire «Larousse illustré» que j’adorais feuilleter, toute petite déjà.» Son goût pour la rhétorique et la logique ainsi que son érudition rejaillissent sur ses personnages.

Lui, à Paris, interprète avec bonheur les rires teintés de tendresse que lui tricote sa complice, qu’il appelle simplement «maman». «Je reconnais sa petite musique à chaque fois», constate-t-il avec un sourire. Reste à mettre les mots en images. «Je lui propose un crayonné, elle refait parfois certaines répliques», explique le dessinateur. Les allers et retours peuvent se révéler nombreux avant que Dormal n’empoigne ses pinceaux et ses couleurs. «Je travaille à l’aquarelle, une technique qui me permet de garder un côté très frais, d’éviter la mièvrerie. J’essaie de puiser dans mes souvenirs ces instants d’intimité vécus dans une chambre de gosse, ou l’émerveillement qu’on peut ressentir face à la nature.»

Gravité souriante

Sur les pages de garde de son nouvel album, Pico Bogue et sa petite sœur, Ana Ana, font face aux embruns, puis se laissent décoiffer dans un champ de hautes herbes battues par le vent. «L’heure est grave», annonce le titre de ce onzième opus. Mal en point, le grand-père de nos jeunes héros a été victime d’un malaise. Angoisse: leur «Papic» va-t-il mourir? «On a voulu montrer qu’il ne faut pas avoir peur d’aimer. Même si l’être aimé doit un jour disparaître», expliquent les auteurs, qui ont envie d’exprimer toute la palette des émotions dans leur série. Bien vu. Au-delà du rire, ce sont aussi ces moments de gravité souriante qui font tout le charme de «Pico Bogue».

«Pico Bogue: l’heure est grave», Alexis Dormal et Dominique Roques. Éd Dargaud, 48 p.
«Ana Ana: papillons, lilas et fraises des bois», même auteurs. Éd. Dargaud, 28 p.

Créé: 18.05.2019, 10h55

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