La physique au crible du ballet

DanseLe BFM s’est enivré jeudi du diptyque de Sidi Larbi Cherkaoui, star du festival Steps 2018.

L’aérien «Noetic» et le terrien «Icon» ces jeudi et vendredi au BFM.

L’aérien «Noetic» et le terrien «Icon» ces jeudi et vendredi au BFM. Image: B. WANSELIUS/M. BÄCKER

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Double tonnerre d’applaudissements, donc, pour le chorégraphe belge Sidi Larbi Cherkaoui, en conclusion coup sur coup de «Noetic» et de «Icon», donnés dans le cadre de Steps, en première suisse, ces jeudi et vendredi à Genève. Deux volets qu’une différence d’intonation inciterait à opposer: la première pièce s’affichant en noir et blanc comme élégante et éthérée, la seconde en teintes pastel comme sensuelle et tellurienne. Mais deux battants qu’articulent néanmoins une majorité de charnières communes.

L’un et l’autre des panneaux reposent sur les prestigieuses collaborations de Sidi Larbi Cherkaoui tant avec le sculpteur britannique Antony Gormley qu’avec les interprètes de la GöteborgsOperans Danskompani, auxquels s’ajoutent les danseurs de sa propre compagnie Eastman – pour un total chaque fois de dix-huit ou dix-neuf exécutants. L’un et l’autre des tableaux s’enroulent autour de musiques et de chants mariant, en off ou en live, influences italiennes, médiévales ou japonaises. L’une et l’autre des facettes faufilent le tissu des corps en mouvement d’un ourlet ésotérique, en intégrant des textes, récités en anglais, qui brodent sur la physique quantique ou les neurosciences.

Dans une scénographie présentant tour à tour une structure de tiges épurée ou des blocs de glaise malléables, la même grandiloquence domine le style. Qu’on évolue dans l’apesanteur aérienne et futuriste de «Neotic» ou dans la gravité argileuse et primitive de «Icon», la même acrobatie néoclassique imprègne la chorégraphie. Géométrie et géologie mettent en résonance leurs symbolismes respectifs. Les genres masculin et féminin s’intervertissent dans la première pièce, s’assimilent dans la seconde. L’air circule; la terre unit. Passé, présent et futur s’annulent dans un flux qui se doit d’épouser le signe de l’infini.

Fumeux? Qu’importe. N’en déplaise aux enthousiastes, on privilégie ici le vernis sur la matière et la ficelle sur le rôti. Au risque de commettre d’impardonnables fautes de goût – comme cette tautologie d’un écho qu’on branche à l’énoncé du mot «écho». Ou quitte à cimenter les morceaux décousus de bravoure athlétique par un semblant de théorème abscons, capable, d’un bond, de se muer en élan mystique. Et l’élan mystique, rien de tel pour emporter l’adhésion, même au prix d’une prétentieuse mystification.

Festival de danse du Pour-cent culturel Migros Steps jusqu’au 5 mais, www.steps.ch

Créé: 20.04.2018, 18h46

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