Un photographe tire le portrait des oiseaux de la Seymaz

NatureL’autodidacte Jonathan Guillot publie un premier livre qui magnifie le cours d’eau et les habitants de ses rives.

Le canard souchet, «Spatula clypeata», a été immortalisé en plein vol à 18 h 46 très précisément.

Le canard souchet, «Spatula clypeata», a été immortalisé en plein vol à 18 h 46 très précisément. Image: PHOTO TIRÉE DU LIVRE

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Son fil rouge est bleu. Il se nomme la Seymaz. Photographe professionnel, Jonathan Guillot ne se lasse pas d’arpenter ses berges. Mieux même, à Villette, la rivière ondule au bout de son jardin. Et elle est devenue pour lui source d’inspiration. «Mais, prévient-il, je ne photographie jamais la nature sans le vivant.» Ainsi, son premier livre*, qu’il vient de publier, magnifie autant le cours d’eau que les nombreux oiseaux qui colonisent ses rives.

Seule rivière d’importance entièrement genevoise, la Seymaz prend sa source du côté des ruines du château de Rouelbeau. Près de 11 kilomètres plus loin, elle se jette dans l’Arve après avoir traversé des marais, longé les murs de Champ-Dollon et zigzagué en pleine ville à Chêne-Bourg. «D’abord très ouverte, puis sombre, boisée, sinueuse, secrète même, la Seymaz est plurielle, s’enthousiasme Jonathan. C’est pour ça que j’ai eu un vrai coup de cœur pour elle et les oiseaux, qui lui sont étroitement liés.»

La magie des lieux l’a poussé à les parcourir en tous sens. À chaque heure du jour et de la nuit, au gré des quatre saisons. Son livre en fait foi. La septantaine de clichés qui le compose est accompagnée de l’heure où cet autodidacte de 34 ans – «Je me suis formé sur le tas, dès la fin de l’adolescence», dit-il – a immortalisé les volatiles.

Prise de vue et sélection

En plein vol, à terre, seuls ou en groupe, en gros plan ou très éloignés de l’objectif, les oiseaux sont donc omniprésents au fil des pages. Pour chacun, son nom en français et en latin, tel le butor étoilé, Botaurus stellaris, ou le cincle plongeur, Cinclus cinclus. «Attention, il ne s’agit pas d’un guide exhaustif, je n’ai pas cette prétention, mais d’un ouvrage résolument artistique, confie l’auteur. Je ne suis pas ornithologue, mais avec l’expérience et de nombreuses lectures, on apprend à mieux les connaître, à les distinguer également à leur chant.» Jusqu’à en tomber amoureux, à tel point qu’il est aujourd’hui membre du GOBG, le Groupe ornithologique du bassin genevois.

Il lui a fallu un peu plus de trois ans pour mûrir son projet. Car les oiseaux ne se laissent pas facilement piéger, même par une pellicule. «Il faut parfois des heures d’attente, souligne Jonathan Guillot, mais à d’autres moments faire preuve d’une grande rapidité. Il faut surtout que la photo me plaise. Mon travail est autant dans la prise de vue que dans la sélection. Beaucoup de clichés ne correspondaient finalement pas à l’idée du livre tel que je l’imaginais. J’ai eu la chance de travailler avec une graphiste géniale, Linda Roberts Matzinger, qui lui a conféré une belle sobriété.»

Bel exemple de renaturation

À l’image de la Seymaz, la diversité des ambiances rythme donc cet ouvrage agrémenté d’un poème de Thomas Prevedello et d’une introduction de Pierrine Poget sur le «Regard de l’oiseau». Des dizaines d’espèces, certaines peu connues comme le pipit farlouse, d’autres beaucoup plus communes telle la corneille noire, peuplent ainsi les pages du livre.

«Mon objectif était aussi de montrer que la nature est belle à toutes les heures, tout au long de l’année, poursuit Jonathan Guillot. Qu’elle est accessible à tous, à condition que l’on prenne le temps de la contempler. Et surtout que cela vaut la peine de continuer à faire des efforts pour la préserver. À ce titre, la renaturation des cours d’eau de la région genevoise a toute son importance. La Seymaz en est d’ailleurs un exemple très vivant.» Cette rivière, que ce soit dans la zone des marais de Sionnet ou dans sa partie plus urbaine, vient effet de faire l’objet de nombreux aménagements.

La chouette protectrice

Ce mariage si naturel de l’eau et de la plume, Jonathan Guillot, marié et père d’un enfant âgé de 18 mois, le vit depuis trois ans au quotidien. Chez lui, dans son petit chalet au bord de la Seymaz. «Un couple de milans noirs niche au fond de notre jardin, précise-t-il. J’y ai déjà dénombré 54 espèces d’oiseaux différentes depuis que nous sommes ici.» Si le vol des étourneaux ou la singularité du troglodyte mignon n’ont presque plus de secrets pour ce photographe qui donne aujourd’hui des cours et des stages – «toujours en extérieur, dans la nature», précise-t-il – sa préférence va crescendo pour les grands volatiles. «Aigrettes, hérons ou cigognes ont une grâce et une élégance incomparables», glisse-t-il.

Mais un lien fort et original l’unit à la chouette hulotte: «Il y en a une au bout du jardin. je la vois chaque jour depuis mon salon. le plus curieux, c’est qu’à l’époque où j’habitais aux Eaux-Vives, à la route de Frontenex, il y avait aussi une chouette hulotte omniprésente sous mes fenêtres. Je déménage et je la retrouve», sourit-il.

La chouette, de même que le hibou, est parfois considérée comme un oiseau de mauvais augure. Jonathan Guillot, lui, y voit au contraire «une protectrice, qui me suis partout où je vais».

*«Seymaz», publié à compte d’auteur, actuellement disponible sur le site www.jonathanguillot.com (TDG)

Créé: 08.07.2018, 21h45

Articles en relation

La marche nocturne stimule les sens et affine l’attention

Randonnée Dans «Osez la nuit», Stefan Ansermet livre ses conseils pour expérimenter la nature sans lumière. Plus...

L’Orangerie fait sa mue dans le culte de la nature

Saison 2018 Nouveau botaniste en chef, Andrea Novicov révèle son très vert florilège estival. Plus...

L’Ecotrail de Genève fait l’éloge de la nature urbaine

Course à pied La première édition a lieu ce samedi entre la place des Nations et Genève-Plage. Sur 80 km! Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Schneider-Ammann s'en va
Plus...