La peur revient sur la ville

Cinéma«Hérédité» est l’un des films les plus angoissants de l’année. Il sort mercredi.

La famille Graham – on reconnaît Toni Collette et Gabriel Byrne au centre – dans sa nouvelle maison.

La famille Graham – on reconnaît Toni Collette et Gabriel Byrne au centre – dans sa nouvelle maison. Image: DR

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Avoir peur ou rester stoïque? Telle est l’interrogation au cœur de la plupart des films d’horreur, genre balisé qui parvient pourtant régulièrement à surprendre. Ainsi à propos du très attendu «Hérédité» («Hereditary»), l’une des révélations de Sundance cette année, qui vient d’être présenté au NIFF de Neuchâtel en première suisse et sera à l’affiche mercredi prochain.

Sous ses dehors de faux blockbuster, il pose en effet plusieurs questions fondamentales sur notre rapport à la peur ainsi que sur les mécanismes qui y conduisent. Il relève en cela davantage du film d’épouvante, ce qui n’est pas forcément destiné à rassurer. Car en termes d’impact, le résultat est susceptible de clouer à leur fauteuil bon nombre de spectateurs, avertis ou non, tant il parvient à user de recettes éprouvées sans trop donner l’impression de les revisiter.

Affaire de dosage

Comme dans un nombre impressionnant de films d’horreur, de «La maison du diable» de Robert Wise à la saison 1 d’«American Horror Story», en passant par les différents volets et remakes d’«Amityville», tout débute dans une vieille demeure, si possible familiale. C’est après le décès de sa mère qu’Annie Graham, avec son mari et ses deux enfants, retourne vivre dans cette bâtisse où rien, décidément, ne se passera normalement. Mais le climat, l’installation de la terreur sont essentiellement affaire de dosage. Et Ari Aster, dont c’est le premier long-métrage, après une demi-douzaine de courts sur lesquels on ne sait rien, en a parfaitement conscience. Et sait pertinemment qu’il ne faut ni en faire trop tout de suite ni trop attendre, au risque de perdre son auditoire.

«Hérédité», réflexion endémique sur les transmissions génétiques et l’héritage du sang, débute par l’instillation d’un malaise lié au personnage de la fille d’Annie, Charlie, jouée par une Milly Shapiro débutante d’une présence glaçante. Alors oui, il se passe rapidement des choses étranges dans la bâtisse des Graham, et nous étions prévenus. Mais le fait que la benjamine – 15 ans – de cette histoire soit elle-même le vecteur d’une étrangeté dont elle semble le centre sans rien contrôler déplace d’entrée le curseur du genre.

En quelques minutes – le temps d’une soirée entre ados qui tourne mal, de réactions inquiétantes et incontrôlables durant cette même fête – l’affaire est lancée. Partant sur la trace de pistes que le film de genre exploite d’ordinaire très peu parce qu’il tient à préserver la plupart de ses personnages. Ce qui n’est pas le cas ici, et arrêtons d’en dire plus, au risque de spoiler un récit basé sur les révélations et quelques retournements savamment articulés. Comme dans «The Shining» de Kubrick – comparaison fortuite, ce dernier est un chef-d’œuvre, «Hérédité» juste un très bon film – il y a ici la volonté de mettre en relation directe un lieu (clos) et ceux qui y vivent. De signifier des interactions entre un passé hanté par le mal et un présent dont la logique se met littéralement à disjoncter.

Porté par une Toni Collette démente – et presque à contre-emploi, l’actrice australienne étant relativement peu coutumière du genre – ici aux côtés d’un Gabriel Byrne très sobre, le film s’ingénie à briser toutes les attentes. Et donc à provoquer sursauts et étonnements, par le biais d’un contrôle très strict de son écriture. Tout paraît ainsi parfaitement millimétré, maîtrisé, y compris et surtout la gestion de nos peurs et de nos réactions. Aster, metteur en scène et scénariste, a visiblement étudié les ressorts et ficelles du genre, au point d’en anticiper bon nombre tout en parsemant son métrage de multiples références qui s’intègrent parfaitement à son film au lieu de l’écraser.

Carte de visite pour majors

D’où un paradoxe que le public nous pardonnera volontiers: «Hérédité», tout effrayant qu’il soit, cultive son savoir-faire de manière un peu trop voyante et les cinéphiles purs et durs y trouveront sans doute moins leur compte que des spectateurs moins biberonnés à la culture de l’horreur. Il n’empêche que le plaisir d’admirer un travail bien fait, de contempler l’exécution de recettes bien appliquées, de constater le sérieux scénaristique et visuel d’un cinéaste qui sait filmer, raconter une histoire et planter une atmosphère est total.

«Hérédité», carte de visite idéale pour des majors qui risquent de vouloir débaucher Aster – c’est le lot malheureux de plusieurs révélations de Sundance – lequel devra résister, est aujourd’hui susceptible de réconcilier le grand public avec un genre trop souvent destiné aux seuls ados. Les critiques américains le considèrent déjà comme le film le plus angoissant de 2018. Pour une fois, on ne leur donnera pas tout à fait tort.

«Hérédité» - À l’affiche en salle dès le 18 juillet (TDG)

Créé: 12.07.2018, 17h54

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