Un petit air de vacances avec Robert Doisneau

PhotographieLe centre Boléro, à Versoix, expose jusqu'au 29 juillet 70 tirages originaux du photographe français.

"Le baiser de l'Hôtel-de-Ville", Paris, 1950" Image: Robert Doisneau

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Il y a ce baiser. Si célèbre qu’avec lui, Robert Doisneau s’est glissé dans le langage courant: «À la Doisneau», dit-on aujourd’hui d’une telle étreinte en noir et blanc. Si fameux qu’il a suscité mille et une fugues à deux, dans le Paris des amants bienheureux. Il y a Picasso, sa marinière rayée et les petits pains de Vallauris. Cette vieille dame outrée devant une belle paire de fesses. Ou encore Jacques Tati et son vélo en miettes.

Ces clichés du photographe français, qui ne les connaît pas? Pour le plaisir d’en voir des épreuves développées de la main même de l’artiste, dans la baignoire de son atelier-appartement de Montrouge, on se rend au Boléro. Le centre culturel de Versoix, juste à côté de la gare, expose ces icônes prêtées par les deux filles de Doisneau, Annette et Francine. Il offre également au visiteur l’occasion de rencontres moins courues. Septante tirages originaux, de 1934 à 1991, mis en valeur par un accrochage sobre et un déroulé pertinent, forment une création rétrospective que l’on doit à Olivier Delhoume, le directeur du Boléro.

La vie comme un théâtre

L’exposition démarre avec «Les grandes vacances», une suite qui met en joie pour la journée. «Toute ma vie je me suis amusé, je me suis fabriqué mon petit théâtre», disait Robert Doisneau. On le croit volontiers en regardant ces deux clichés presque identiques, pris en 1954: au premier plan, un couple en shorts, allongé dans les hautes herbes au bord de la Nationale 7; roulant sur l’asphalte, tantôt un car surchargé d’aoûtiens surexcités et de bagages, tantôt une voiture trimbalant son canoë sur le toit. «Doisneau est un pêcheur d’images – pas un chasseur – et il pratique la pêche au coup, relève Olivier Delhoume. Il choisit un décor comme scène de théâtre, puis il attend que quelque chose se passe.»

Et chez Doisneau, il se passe toujours quelque chose d’intéressant, d’insolite, d’amusant. «Je montre de la vie la facette qui m’arrange», répondait-il à Bernard Pivot, qui, dans «Apostrophes», lui demandait s’il photographiait la réalité. «Un monde de gens drôles qui aiment faire des blagues, qui ont des bouffées d’amitié.»

Le photographe a su saisir ce bambin endormi, serrant ses skis glissés dans son lit («Megève, 1936»), cette vieille dame assise sous un chapeau chevelu comme un parasol, dont elle a posé la réplique sur un haut sac à ses côtés («Les Sables-d’Olonne, 1959»), ce défilé du 14 Juillet suivi par des enfants en maillot, le derrière et les mollets pleins de sable («Pornichet, 1959»), cette famille qui se régale de moules en 1959 ou ces jeunes gens hurlant leur joie en sautant dans l’eau, été 44 («Baigneurs de la Marne»).

Shorts et congés payés

«Doisneau raconte le Front populaire et les congés payés, dès 1936, les colonies de vacances, l’avènement des shorts («Automobilistes affectueux, 1959») et du matelas pneumatique («Bords de Marne, 1946»), note Olivier Delhoume. C’était un humaniste, un homme qui aimait les gens et les lieux.»

«Robert Doisneau. Photographies» Jusqu’au 29 juillet, galerie du Boléro, Versoix. Entrée libre, ma-di, de 15 à 18?h, www.bolero-versoix.ch. À voir sur YouTube: «Robert Doisneau - Le révolté du merveilleux», film réalisé par la petite-fille de l’artiste, Clémentine Deroudille

(TDG)

Créé: 13.06.2018, 18h37

(Image: Robert Doisneau)

Baiser et petits pains

«Le baiser de l’Hôtel-de-Ville, 1950»
Robert Doisneau, qui travaille pour le magazine américain «Life», reçoit commande d’un sujet sur «l’amour à Paris». À l’époque, on s’embrassait peu dans la rue. Doisneau se rend donc au cours Simon, où il engage deux acteurs chargés de jouer les amants. Amoureux, Françoise Bornet et Jacques Carteaud le sont vraiment. Toute la journée, Doisneau les suit dans Paris et photographie leurs baisers. Au moment de se quitter, on prend un verre sur une terrasse devant l’Hôtel-de-Ville; les jeunes gens s’embrassent avant de se séparer, un homme passe, portant un béret, Doisneau fait la photo. «Elle paraît dans «Life» le 12 juin 1950, en même temps que plusieurs autres images de baisers dans les rues de Paris», raconte Clémentine Deroudille, la petite-fille de l’artiste. Puis, méthodique, le photographe range ses clichés dans un carton. En 1986, on lui demande d’en faire une affiche. «Le baiser de l’Hôtel-de-Ville» devient alors «le symbole de toute une génération et synonyme du Paris de la bohème, de la liberté et des amoureux». On le voit partout: sur des cartes, des t-shirts, des sacs, de la literie et même en tatouage.

«Les pains de Picasso, Vallauris, 1952»
Olivier Delhoume raconte: «Le boulanger de Vallauris avait livré des petits pains. Picasso, perdu dans ses pensées, n’a pas remarqué que Doisneau les avait disposés sur la table, comme des doigts. Lorsque Doisneau le lui dit, le peintre s’exclame: «Fais la photo!» et Doisneau rétorque: «Elle est faite.» Quelques jours plus tard, il en envoie un tirage à Picasso, qui lui en réclame un deuxième, pour le boulanger. Celui-ci affiche la photo ainsi légendée: «Ici on peut acheter des Picasso.» P.Z.

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