La peinture de Luca Mengoni déploie ses chants de la terre au ciel

ExpositionL’artiste tessinois explore les labyrinthes du quotidien à la galerie Alexandre Mottier.

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Une sobre échelle sur fond azur, quelques nuages qui moutonnent naïvement dans un éther profond ou le rouge sauvage de branches d’églantiers. Au premier regard, les tableaux de Luca Mengoni en appellent aux sens simplement: les motifs sont limpides, empruntant parfois leurs traits allusifs au langage de l’art brut ou à celui de la géométrie. Mais c’est toute l’ambivalence du monde qu’ils convoquent lorsqu’on les contemple de plus près. Réunies sous le titre de «Cantilene», comme ces poèmes profanes qu’on chantait au Moyen Âge, une vingtaine d’œuvres de l’artiste né à Bellinzone en 1972 sont présentées à la galerie Alexandre Mottier.

La mythologie a toujours occupé une place centrale dans le travail de Luca Mengoni, qui est également poète. «À ses débuts, il a beaucoup axé ses recherches sur le thème du dédale, explique le galeriste Roberto Vignola. Enfant, son grand-père l’emmenait jouer dans un labyrinthe où a poussé un champ de coquelicots.» L’artiste a très tôt instauré un dialogue entre constructions humaines et éléments de botanique – graines, tiges et fleurs –, entre nature domestiquée et vie indomptable. Tout en convoquant les mythes, par la métonymie lorsqu’il représente l’aile d’Icare, ou par comparaison, quand les semences de coquelicot, fleur emblème de Perséphone, deviennent spermatozoïdes.

S'enfuir par le haut

Car que ce soit pour échapper au Minotaure ou aux méandres sombres du quotidien, l’homme a toujours tenté de s’enfuir par le haut. Chez Luca Mengoni, les échelles relient le sol aux nuages, les ziggourats (ndlr: édifices religieux mésopotamiens en forme de pyramide à étages) s’élèvent en escaliers stylisés contre le ciel, comme pour inviter les hommes à se transcender vers le divin.

Depuis quelques années, le Tessinois décline le motif du cynorrhodon – du grec, «rosier du chien» – parce que ses racines guérissaient censément les morsures de canidés enragés. Chez Alexandre Mottier, les luxuriants arbustes étendent leurs ramées écarlates sur bois ou papier marouflés sur toile, où huile et gouache se mélangent. Là encore, l’intention se lit par strates: l’indiscutable beauté de la plante se fait sournoise, lorsqu’on sait les propriétés urticantes des fruits du bien nommé gratte-cul, et l’agressivité redoutable de ses épines.

L’une des plus récentes créations de Luca Mengoni confine à la sculpture. Accrochés au mur, six blocs de bois portent autant de lettres formant l’expression «Hold on», soit «Tiens bon», titre d’un fameux gospel. Les couleurs vives et gaies contrastent avec la teneur de ce cri psalmodié jadis par les esclaves, qui tient à la fois de l’invocation résignée et de la sourde révolte. Luca Mengoni Jusqu’au 8 juin à la galerie Alexandre Mottier, 17, bd Georges-Favon. www.galerie-mottier.ch (TDG)

Créé: 20.05.2019, 16h20

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