«La pêche miraculeuse» mise au goût du jour

Bains des PâquisLe Genevois Jean Stern réinterprète la peinture de Konrad Witz

L’ancienne billetterie des Bains des Pâquis accueille une installation de Jean Stern, qui actualise l’œuvre de Konrad Witz.

L’ancienne billetterie des Bains des Pâquis accueille une installation de Jean Stern, qui actualise l’œuvre de Konrad Witz. Image: Laurent Guiraud

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La plupart des promeneurs passent devant sans la voir, et c’est bien dommage. Sur la façade de l’ancienne billetterie des Bains, en face de l’entrée, se déroule une insolite confrontation entre passé et présent. La plus célèbre des peintures genevoises, La pêche miraculeuse exécutée en 1444 par Konrad Witz, est mise en parallèle avec des photographies actuelles de la rade 571 ans plus tard. D’où le titre de l’œuvre, 571, une incertitude paysagère.

Depuis deux ans, l’Association des usagers des Bains des Pâquis donne carte blanche à un artiste local pour investir le petit bâtiment. Cet été, il s’agit de Jean Stern, ancien professeur à la Haute Ecole d’art et de design de Genève (HEAD). «Lorsqu’on m’a proposé d’intervenir sur cet emplacement, je sortais du Musée d’art et d’histoire où j’avais admiré pour la énième fois le retable de Konrad Witz, raconte le plasticien. J’ai tout de suite pensé à l’utiliser pour mon installation, le point de vue du peintre se situant non loin du Bain des Pâquis.»

Le Genevois a commencé par demander au musée le droit de reproduction du tableau. Ce que l’institution lui a accordé gracieusement. Jean Stern a divisé la peinture médiévale en quatre parties, pour s’adapter au format des panneaux installés sur l’ancienne billetterie. Et a choisi d’y intercaler des scènes contemporaines.

Appareil photo à la main, il a donc mitraillé la rive gauche du lac depuis les Bains. «J’ai eu beaucoup de mal à choisir parmi mes multiples clichés, raconte l’artiste. C’est fou la vie qui se déroule aux Bains des Pâquis lorsqu’on observe bien!»

Un miracle à Genève
En parallèle, Jean Stern a bûché dur sur l’œuvre de Konrad Witz. «Cela m’a donné l’occasion d’examiner en détail le tableau.» Il s’est aussi plongé dans le livre paru en 2013 suite à la restauration du retable par le Musée d’art et d’histoire. Rappelons au passage que La pêche miraculeuse comporte le premier paysage topographiquement exact de l’histoire de l’art, ce qui en fait un tableau d’exception. On reconnaît bien le lac, les Voirons, le Môle et le Salève.

Dans ce décor genevois du XVe siècle, Konrad Witz fait se dérouler simultanément deux épisodes bibliques. La pêche miraculeuse, où en suivant les conseils de Jésus les apôtres remontent leurs filets remplis de poissons. Et la défaillance de saint Pierre: en voulant rejoindre le Christ marchant sur les eaux, l’apôtre, par manque de foi, n’est pas loin de couler.

Jean Stern a joué avec ces différents éléments pour y faire écho dans ses photographies. Ainsi, la barque est mise en parallèle avec le bateau taxi du luxueux hôtel La Réserve. «Je trouvais amusant de mettre à la place des apôtres les célébrités transportées par ce bateau», sourit l’artiste. Le panneau d’interdiction de plonger rappelle le saut de saint Pierre hors de la barque. Une baigneuse répond à la figure du saint nageant dans le lac, et un promeneur sur la jetée au Christ qui marche sur les eaux.

Le parallélisme va encore plus loin. Sur la peinture, Konrad Witz a placé une tour en ruine à droite, masquant la vue sur la Vieille-Ville. Jean Stern, lui, a choisi de faire figurer le plongeoir des Bains, qui cache en grande partie le Jet d’eau… Quant à la texture du toit de la terrasse, elle répond à celle des cailloux sur le retable.

Ligne d’horizon continue
Tout cela en conservant les lignes d’horizons et du rivage continues, ainsi qu’une même échelle afin de faire le lien entre les neuf panneaux… Jean Stern a donc compilé pour chaque panneau plusieurs photos en une, afin de se faciliter la vie. «Je voulais voir comment les figures pouvaient dialoguer les unes avec les autres. C’était aussi une façon de me réapproprier l’histoire, et de relire un paysage que j’aime.»

Le résultat est à la hauteur de l’important travail effectué. Les teintes bleues des images contemporaines alternent avec les tonalités vertes de la peinture ancienne, mais la cohérence générale reste assurée. Dès lors, on ne sait plus vraiment dans quel espace on se situe, ni à quelle époque. Une véritable incertitude paysagère… (TDG)

Créé: 19.08.2015, 18h13

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