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À la Parfumerie, le cordon ombilical donne de la voix

Pour «Le Chœur des femmes», Michele Millner branche 18 filles à l’utérus qui les a abritées.

Elles sont dix-huit comédiennes et chanteuses, tous âges, langues, horizons et degrés de formation confondus, à remonter le fil organique qui les relie à leur mère.
Elles sont dix-huit comédiennes et chanteuses, tous âges, langues, horizons et degrés de formation confondus, à remonter le fil organique qui les relie à leur mère.
RICCARDO WILLIG

Contre le splendide mur décrépit du Théâtre de la Parfumerie, la Compagnie Spirale agence ses briques depuis bientôt trente ans. Une nouvelle pierre patinée s’ajoute à la précédente avec chaque spectacle, créé tantôt par Patrick Mohr ou Michele Millner, le regard du premier braqué surtout vers l’Afrique et le langage du corps, celui de la seconde orienté plutôt vers l’Amérique du Sud et le chant choral, tous deux cependant fixés sur une poésie visant son expression la plus pure.

Avec «Le Chœur des femmes», Michele Millner manie des blocs dont on reconnaît immédiatement les contours. Même veine féministe que dans les «Récits de femmes», par exemple, puisés en 2014 chez Franca Rame et Dario Fo. Même multiethnisme polyglotte que dans la quasi-totalité des productions de la metteure en scène originaire du Chili, élevée en Australie, formée à Paris, puis établie à Genève. Même traitement égalitaire réservé au jeu musical et au jeu théâtral qui prévalait dans «The Stones» (2014) ou «Albahaca» (2013) – une incorporation mise sans trêve en pratique au sein du Chœur Ouvert qu’elle a fondé en 1998.

Matrice au milieu du plateau

À l’aide de ces fondamentaux, Michele Millner fouille aujourd’hui une thématique elle-même élémentaire: la relation mère-fille. Partant du constat, après l’écrivain Nancy Huston, que «100% des êtres humains sur la Terre ont eu pour premier séjour le ventre d’une femme, et que, de nos jours encore, la plupart des femmes sur la Terre passent une partie de leur existence à s’occuper d’enfants», l’artiste entend remettre la matrice au milieu du plateau.

Pour cela, elle a d’abord glané les témoignages au gré d’ateliers d’écriture qu’elle a animés auprès de différentes associations genevoises et des environs. Des quatre-vingts textes récoltés en un an, elle en a sélectionné une vingtaine, qu’elle a découpés et distribués, avec l’aide de ses émules Naïma Arlaud et Jeanne Pasquier, à dix-huit choristes féminines diversement chevronnées (dont les bluffantes Vicky Papailiou, Mathilde Soutter, Judith Goudal et Safi Martin Yé). Sur scène, celles-ci dansent, chantent, miment, slament, loopent ou gargouillent leur colère, leur gratitude, leur rejet, leur complicité ou leur rivalité à l’endroit de leur génitrice. Un piano, un saxophone, un accordéon, un violon et une harpe achèvent de moirer leur incantation collective.

Melting-pot phonologique

La haute teneur émotionnelle de cette conjuration culmine dans les onomatopées, interjections et autres borborygmes qui la ponctuent. Davantage que les propos intelligibles, les syllabes non-verbales, fort habilement orchestrées par Yves Cerf, mettent à nu l’unité placentaire originelle, que viennent ensuite lézarder la naissance, la croissance et l’autonomie d’une fille.

«Quelque chose se passe entre la mère et l’enfant de l’ordre de la sonorité, lors de la gestation puis de l’apprentissage de la langue», confirme une Michele Millner lectrice de Jacques Lacan. «Même plus tard, les non-dits se traduisent souvent par des cris de rage ou de joie!» Retrouver les «sons amniotiques» a ainsi guidé les recherches effectuées de longue haleine au sein du chœur.

Un chœur qui mérite spécialement sa place polysémique dans le titre de cette création, donc. Car du giron exploré retentissent des bruits intimes et universels qui trouvent sur les planches leur chemin vers les oreilles de tous, hommes et femmes, 100% des êtres humains sur la Terre venus à la Parfumerie de Genève.

«Le Chœur des femmes» Théâtre de la Parfumerie, jusqu’au 2 déc. Tables rondes je 22 et me 28 nov. à 21 h, atelier di 25 à 10 h 30, concerts les week-ends, 022 341 21 21, www.theatrespirale.com

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