«Nos Parents»: une clôture en point d’orgue

La Bâtie – Festival de GenèvePascal Rambert et ses jeunes comédiens ont bouclé la boucle, hier, d’un festival axé famille.

Quinze diplômés de la promotion J de la Manufacture ont assuré une vibrante clôture de La Bâtie, ce week-end, avec «Nos Parents», signé Pascal Rambert.

Quinze diplômés de la promotion J de la Manufacture ont assuré une vibrante clôture de La Bâtie, ce week-end, avec «Nos Parents», signé Pascal Rambert. Image: PHILIPPE WEISSBRODT

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La Bâtie avait démarré sur une grosse production internationale signée Wajdi Mouawad, «Tous des oiseaux»; elle s’est conclue sur un spectacle mettant en scène, sous la houlette du Français Pascal Rambert, de jeunes diplômés de la Manufacture lausannoise, «Nos Parents». Deux pôles que relie le fil rouge thématique sécrété cette année par le festival, celui de la famille. Une porte d’entrée plus politique, une porte de sortie plus intime: deux seuils qui ont également abrité la discussion.

Pour alimenter la veine domestique du panel théâtral 2019, les festivaliers se sont d’abord rendus ce week-end à Divonne, où la troupe flamande des Peeping Tom présentait le dernier volet, «Kind», d’un triptyque dont le même public avait adulé les antérieurs «Vader», en 2015, et «Moeder», deux ans plus tard. La fantasmagorie initiale perdure, certes, de même que la précision dans la scénographie, la chorégraphie, le chant et un jeu pratiquement dénué de paroles. Les signes de reconnaissance mondiale accumulés au fil du temps par la compagnie fondée en 2000 par Franck Chartier et Gabriela Carrizo expliquent peut-être, en revanche, la boursouflure de cette livraison finale, entre fusil éjaculateur emprunté à Tarantino, cordon ombilical échappé des Mummenschanz ou arbrisseau en larmes récupéré chez Philippe Quesne. L’enfant du titre a tout loisir de se goinfrer d’effets visuels dignes du plus kitsch des chromos.

Tout autre topo du côté de la Comédie, fière d’accueillir le travail d’atelier réalisé en 2018 par l’auteur, metteur en scène, chorégraphe et pédagogue Pascal Rambert avec quinze aspirants acteurs de la Haute École de théâtre. Adepte de la partition composée sur mesure pour ses interprètes (ainsi que l’a attesté un perturbateur «Perdre son sac» en début de quinzaine), le créateur a tiré «Nos Parents» de textes rédigés par ses étudiants. Déconstruits puis reconstruits, ils se distribuent parmi les Coline, Davide, Gwenaëlle ou Mathilde de sorte à les rassembler en nuée d’oiseaux – passereaux danseurs, étourneaux choristes emmenant dans leur envol collectif à la fois la langue, l’origine, le vécu de chacun. Hélas, le maître d’œuvre ne s’en tient pas à l’émotion esthétique. Il ne résiste pas à lui adjoindre, en son point d’orgue, ce pendant sentimental qui le voit convier sur le plateau les géniteurs véridiques dont il a été question. Torrents de larmes de part et d’autre du bord de scène, âpres polémiques dans les chaumières. Jusqu’à la prochaine Bâtie, et ses nouveaux débats.


Trois questions au directeur, Claude Ratzé

Votre sentiment dominant au terme de votre deuxième marathon?

Tout s’est bien passé. L’échafaudage a tenu, la dramaturgie de la programmation a fait sens. Si je suis très heureux de cette édition, c’est surtout parce que La Bâtie ouvre des chantiers qu’il me paraît réjouissant de poursuivre, en lien notamment avec sa territorialité transfrontalière. Je constate également avec plaisir que le public se montre curieux, ouvert et mobile dans sa découverte de nouveautés.

Quel a été grosso modo le ratio des productions locales et étrangères?

Nous avons programmé environ un tiers de propositions genevoises, un tiers de suisses et un tiers d’internationales. J’estime cet équilibre juste. Le fait que nous ayons aujourd’hui davantage de partenaires régionaux qu’auparavant donne peut-être l’impression que nous privilégions la création locale – pour qui La Bâtie représente d’ailleurs un enjeu majeur. Malgré le nombre de ces partenaires, le festival garde son identité propre. Le principal à mes yeux est que la valeur des spectacles soit homogène.

Les tarifs des places ont soulevé un petit tollé dans le milieu professionnel…

On a 32 théâtres partenaires, avec lesquels il faut concerter une politique tarifaire: le Grütli pratique l’ouverture vis-à-vis de la profession, le Grand Théâtre moins. Ne pas payer le prix plein relève du sport national. Or il faut bien fixer des règles.

Créé: 15.09.2019, 19h01

Bilan en chiffres

34 500 spectateurs (365 cartes de festivaliers vendues), y compris une centaine de programmateurs – soit un taux de remplissage moyen de 85% –, ont suivi les 51 propositions d’artistes locaux, nationaux et internationaux – dont 10 créations et 15 premières suisses – de cette 43e édition de La Bâtie (2e sous la houlette de Claude Ratzé). Pendant 18 jours, 40 partenaires ont tissé un réseau sur 41 lieux répartis aux quatre coins du Grand Genève – et jusqu’à Lausanne. Le 44e festival de la rentrée culturelle genevoise aura lieu du 28 août au 12 septembre 2020.

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