A l'Orangerie, Dorian Rossel se «met au milieu»

InterviewLe metteur en scène genevois reprend ce mardi sa transposition scénique du film culte de Jean Eustache, «La Maman et la putain».

Dorian Rossel redessine le triangle amoureux dans «Je me mets au milieu mais laissez-moi dormir».

Dorian Rossel redessine le triangle amoureux dans «Je me mets au milieu mais laissez-moi dormir». Image: DR

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Cet été, le nom de Dorian Rossel ne quitte pas les lèvres de la coterie théâtrale genevoise. Cité parmi les candidats assumés au poste de directeur de la future Nouvelle Comédie, le metteur en scène en résidence au Forum Meyrin s'apprête à y créer fin septembre son Voyage à Tokyo, d'après le chef-d'oeuvre du cinéaste japonais Yasujiro Ozu. Parallèlement, il remonte au Théâtre de l'Orangerie un ancien succès que sa compagnie Super Trop Top (STT) avait connu en 2007 à l'Usine: Je me mets au milieu mais laissez-moi dormir, adapté du film tourné en 1973 par le Français Jean Eustache, intitulé alors La Maman et la putain. A la veille de la première ce mardi, on adresse trois questions à cet expert scénique de la triangulation amoureuse.

Comme toutes vos pièces (Quartier lointain, Oblomov...), Je me mets au milieu... est le fruit d'un dialogue entre votre compagnie et une oeuvre non théâtrale. Pourquoi avoir choisi ce film? Le cinéma présente cette richesse qu'elle réunit plusieurs écritures - image, son, montage... Il se trouve que le scénario publié de La Maman et la putain révèle en plus des dialogues d'une force incroyable. J'ai voulu lui donner une lecture nouvelle, qui, en faisant le portrait d'une époque, fasse en creux celui de la nôtre. C'est la rencontre de l'après-68 et d'aujourd'hui que je voudrais susciter, par le biais d'une pensée restée dérangeante, politiquement incorrecte. Sans opérer de coupes majeures dans le texte, on a ramené les 3h30 du film à une représentation d'une heure et demie, en adaptant le rythme à la scène.

Vous avez créé la pièce en 2007, trois ans après la naissance de votre compagnie STT. Puis vous l'avez reprise en 2014, notamment au Théâtre du Rond-Point à Paris. Pourquoi faut-il la voir à tout prix? Je tiens à préciser qu'en 2007, c'est le Théâtre de l'Usine qui m'avait donné carte blanche pour ce projet risqué. Immédiatement, il est entré au répertoire de la compagnie. Une pièce vit dans le temps: elle évolue, ses acteurs progressent, font des enfants, s'étoffent; à chaque nouveau contexte, on l'entend différemment, sa pertinence change. En 2007, pendant la campagne présidentielle, les mots d'Eustache prenaient le contre-pied de Sarkozy; aujourd'hui, ils se situent toujours en décalage, comme une alternative, c'est leur essence propre. Avec les mêmes comédiens, en conservant la même forme, l'écriture résonne autrement. Des spectateurs qui revoient le spectacle confirment vivre chaque fois une expérience différente.

Les codes amoureux qui ont dû régir la relation de vos parents en 1973 (peu avant votre naissance en 1975) prévalent-ils toujours aujourd'hui? Ou faut-il les considérer avec nostalgie? Si les codes ont évolué, la difficulté d'aimer, de s'engager est toujours aussi présente, et l'humain reste complexe. En 1973, les gens avaient la gueule de bois de Mai 68. On venait de frôler un idéal de liberté. Mais la génération d'alors est devenue celle qu'il faut remplacer aujourd'hui. En prônant la rupture avec le passé, elle a coupé les courroies de transmission qu'on cherche à retisser maintenant. En revanche, on a clairement perdu quelque chose de la liberté de ton du début des années 70. Je ne me sens ni critique ni nostalgique, cela m'intéresse simplement d'observer ces paradoxes. Et surtout, je crois en les potentialités d'une écriture scénique qui s'inspire du cinéma.

Je me mets au milieu mais laissez-moi dormir, de Jean Eustache, mise en scène Dorian Rossel, avec David Gobet, Anne Steffens et Dominique Gubser, du 9 au 20 août au Théâtre de l'Orangerie, www.theatreorangerie.ch (TDG)

Créé: 08.08.2016, 20h59

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