Opera Gallery invite dans l’intimité d’un collectionneur

Tribune des ArtsTransformée en appartement, la galerie genevoise présente un lot d’œuvres de qualité muséale. À voir jusqu'au 4 juin!

Avec cette proposition originale, le directeur de la galerie Jordan Lahmi a voulu placer les œuvres en contexte, tout en réunissant des pièces rarement vues ensemble en galerie.

Avec cette proposition originale, le directeur de la galerie Jordan Lahmi a voulu placer les œuvres en contexte, tout en réunissant des pièces rarement vues ensemble en galerie. Image: Laurent Guiraud

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Ne vous étonnez pas de tomber nez à nez avec un lit lorsque vous poussez la porte d’Opera Gallery, sise sur la place Longemalle. Non, le lieu n’a pas changé d’affectation, ni d’orientation! Cette mise en scène originale fait partie de la nouvelle exposition du galeriste genevois Jordan Lahmi. «J’ai la chance d’être né dans une famille de collectionneurs. Parmi les oeuvres que vous voyez là, il y en a que j’ai côtoyées depuis mon plus jeune âge», explique-t-il, confortablement installé dans un canapé de Le Corbusier, prêté pour l’occasion par la galerie lausannoise Kissthedesign, spécialisée en meubles vintage.

Alors que devant lui, se déploient les iconiques tables IKB et Monogold d’Yves Klein, sur le mur d’en face, flanqué d’une fausse cheminée, les chefs-d’oeuvre modernes se succèdent, de Fontana à Soulages, en passant par Niki de Saint Phalle. Et le défilé continue tout autour avec Picasso, Hartung, Calder ou Miró... De quoi en être tout retourné, à l’image de ce portrait tête à l’envers de Baselitz.

Dans le salon du collectionneur. © Jordan Lahmi

Des pièces de qualité muséale provenant de la collection de la galerie, et qui, rassemblées ainsi, ne peuvent laisser personne indifférent. «Cela fait plusieurs années que j’ai envie d’exploiter l’idée du collectionneur afin de casser le rapport très froid que peut présenter une oeuvre exposée en galerie ou en musée, façon white cube», commente le directeur. «Et puis, cette démarche me laisse la liberté de faire des associations que l’on ne pourrait jamais faire en galerie, notamment entre des artistes contemporains et modernes ou les arts premiers.»

Au plus près de la réalité

Pour donner du corps à l’idée et s’approcher au plus près de la réalité d’un appartement, Jordan Lahmi a imaginé un couple de collectionneurs «européens pour ne pas dire français», bourlingueurs, curieux et avant-gardistes, mais possédant un lien fort avec l’art moderne et des artistes comme Chagall, Léger ou Matisse. Si ce couple est complètement sorti de l’imagination du galeriste, il admet s’être beaucoup inspiré de l’appartement du réalisateur français Claude Berri, qu’il a eu l’occasion de visiter étant tout petit.

Outre la qualité des pièces présentées, la force de l’accrochage repose également sur toute une série d’objets, chinés à gauche et à droite ou achetés sur eBay, et qui permettent d’en apprendre d’avantage sur ce couple et leurs goûts. Placée en dessous d’un tondo par Frank Stella, la table de chevet présente ainsi l’ouvrage Risibles amours de Milan Kundera, et un peu plus loin, un cendrier en céramique signé Georges Jouve contient un cigare entamé, comme si on venait tout juste de le poser là. Quant aux CDs, ils en disent beaucoup sur les goûts musicaux, plutôt classiques du duo. «On s’est vraiment fait plaisir avec cette exposition, chaque personne de l’équipe s’est investie en amenant ses propres livres, objets de décoration ou photographies. On s’y sent comme à la maison!», se réjouit-t-il.

La chambre à coucher avec des œuvres de Keith Haring, Christopher Wool et Frank Stella. © Jordan Lahmi

Retour en 1994

Et pour rendre le tout encore plus amusant, le galeriste a voulu placer l’action en 1994, année de création d’Opera Gallery, dont le premier point d’exposition a ouvert à Paris il y a tout juste 25 ans! Pour recréer l’ambiance des années 1990, il a veillé à truffer les lieux de toute une série de détails à commencer par ce catalogue de la Fiac de 1993, ce vieux Nokia bien antérieur au fameux 3310 ou encore ce PowerBook 540c d’Apple, sorti en mai 1994. Sans oublier cette édition de Paris Match, révélant au grand jour l’histoire d’amour entre Caroline de Monaco et Vincent Lindon. Dépaysement garanti!

Le collectionneur. 1994, jusqu’au 4 juin chez Opera Gallery, place Logemalle, Genève. www.operagallery.com

Créé: 23.05.2019, 17h11

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