Les ombres du colonialisme

ThéâtreEn mettant en scène les «Ténèbres» de Henning Mankell, le nouveau patron de l'Orangerie réveille malgré lui de tenaces démons... Critique.

Cathy Sarr et Boubacar Samb, piégés dans les angles de l'exil ainsi que d'une mise en scène oppressante.

Cathy Sarr et Boubacar Samb, piégés dans les angles de l'exil ainsi que d'une mise en scène oppressante. Image: ISABELLE MEISTER

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L’homme noir longe la paroi blanche jusqu’à l’angle qu’elle forme avec le reste d’une cellule sans âme. On dirait un corbeau fuyant son prédateur, et dont l’ombre dessine les serres affolées. À sa fille qui le rejoint d’un pas plus allant, il réplique: «Je vais toujours bien!» Premier mensonge d’une nombreuse série, que traque l’écrivain Henning Mankell dans sa pièce «Ténèbres». De traumatisme en cauchemar, de déni en amnésie, de coup de folie en élan d’espoir, le Suédois établi au Mozambique retrace la survivance en terre nordique du veuf et de l’orpheline après la traversée maritime qui a coûté la vie à leur épouse et mère. Le huis clos saisit le couple de migrants dans son quotidien d’après le naufrage – un quotidien fait d’isolement, d’attente et d’aliénation.

Par ses choix de mise en scène, Andrea Novicov – qui signe ici sa première création en tant que directeur du Théâtre de l’Orangerie –, loin d’éclairer les mensonges qui oppressent nos clandestins, y ajoute une couche. Principalement en cantonnant son duo de comédiens à un jeu aussi répétitif que caricatural. La réclusion dont souffrent les deux exilés (politiques chez Mankell, confusément climatiques chez Novicov) se double de l’emprisonnement dont semblent souffrir Boubacar Samb, d’ordinaire si raffiné, et Cathy Sarr, comme privée ici de sa sève. À cette direction d’acteurs figée, même quand les dialogues passent du français au wolof, répond une ponctuation audiovisuelle redondante, entre musique afro-électronique et gros plans de noyade.

Des écarts que l’on serait tenté d’excuser au nom de l’urgence du thème abordé. Mais que l’on pardonne plus difficilement au maître des lieux, nomade dans ses gènes, arpenteur notamment du Bénin, et artiste connu pour défendre la cause écologiste. Car sur le drame du déracinement, il pose en définitive le regard moins de la fraternité que du paternalisme…

«Ténèbres» Théâtre de l’Orangerie, jusqu’au 29 août, 022 700 93 63, www.theatreorangerie.ch

Créé: 23.08.2018, 16h42

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