Omar et Psyché au BFM

ThéâtreEn tournée depuis sa création il y a un an au Théâtre Kléber-Méleau, la nouvelle fête dramaturgique d'Omar Porras déménage à Genève.

Psyché (Jeanne Pasquier, au centre) et Amour (Philippe Gouin, devant elle, torse nu) se prélassent dans leur palais doré.

Psyché (Jeanne Pasquier, au centre) et Amour (Philippe Gouin, devant elle, torse nu) se prélassent dans leur palais doré. Image: MARIO DEL CURTO

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Son style est tellement identifiable qu’on a substantivé son nom. On parle du dernier Porras comme du prochain Spielberg. Tout le monde sait grosso modo à quoi s’attendre, mais garde assez de curiosité pour suivre de près les nuances. Cet appétit suffit pour remplir les travées du BFM six soirs durant.

Clairement, le Porras 2018 est un Porras. Il arbore les attributs des précédents – masques totémiques, costumes à frous-frous, travestissements transgenres, aplats de couleurs psychédéliques en fond de scène, machinerie féerique ou intonations drolatiques –, sans leur ajouter de nouveauté notable. On aime, on n’aime pas (surtout le premier), on se réjouit en conséquence du nouveau rendez-vous avec l’univers baroque et kitsch de cet ambassadeur du théâtre d’ailleurs, ce passeur de récits fondateurs, cet entremetteur du raffiné et du populaire.

Avec «Amour et Psyché», le Colombien d’origine Omar Porras, fondateur à Genève du Teatro Malandro en 1990, infatigable laboureur de mythes (Faust, Don Quichotte, Dionysos, Don Juan…) comme de classiques (Shakespeare, Ramuz, Brecht, Dürrenmatt…), récipiendaire en 2014 du Grand Prix suisse du théâtre/Anneau Hans Reinhart, directeur depuis 2015 du Théâtre Kléber-Méleau à Renens, se frotte à Molière pour la deuxième fois de sa carrière. À une tragédie-ballet de Molière, déjà infiltrée à la base de vers dus à Corneille ou Quinault, et qu’il imbibe encore d’autres écrits sur le même thème, signés Apulée, La Fontaine ou Pedro Calderón de la Barca.

Le même thème? Celui, comme expressément destiné au traitement artistique, du pouvoir de la beauté. Quoique simple mortelle, Psyché en concentre tant – de beauté – qu’elle éclipse celle de Vénus. La déesse en conçoit une jalousie telle qu’elle charge son fils Amour de la venger. Mais le Cupidon succombe à son tour, et ravit la ravissante dans un palais céleste au lieu de l’abandonner aux enfers. C’est alors que les odieuses sœurs de la jeune princesse lui révèlent l’identité de son amant. S’ensuit une série d’épreuves subies par la belle, avant qu’elle n’accède à la fois à l’hymen et à l’immortalité.

On sent le pollen à plein nez, qui, des pistils antiques, est allé sans déguisement fertiliser des contes tels que «Blanche-Neige», «Cendrillon», «Le roi Lear», «La petite sirène», en embarquant quelques semences d’«Hercule». De la substance, donc, «Amour et psyché» en regorge. Comme d’artifices sous forme de feux, foudres ou transports aériens. Le mage Porras livre sa marchandise. En surabondance, peut-être, puisque ses effets tendent à éclipser non seulement les dialogues, mais le jeu d’une partie des huit comédiens.

«Amour et Psyché» Théâtre de Carouge décentralisé au BFM, jusqu’au 2 mai, 022 343 43 43, www.tcag.ch

Créé: 27.04.2018, 17h27

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