Olivier Py: «Genève doit avoir un théâtre à sa hauteur»

ScènesLe metteur en scène était à La Comédie pour présenter son édition du Festival d’Avignon.

Olivier Py devant le décor de son «Orlando ou l’impatience», à La Comédie jusqu'à dimanche.?

Olivier Py devant le décor de son «Orlando ou l’impatience», à La Comédie jusqu'à dimanche.? Image: PIERRE ABENSUR

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Le voici de retour à Genève. Olivier Py, metteur en scène, auteur et directeur du Festival d’Avignon, souvent sulfureux et toujours prolifique, était à Genève mercredi pour présenter sa 2e édition avignonnaise alors que la Comédie de Genève programme jusqu’à dimanche Orlando ou l’impatience, présenté l’an dernier dans la Cité des Papes, qu’il a écrit et mis en scène.

Dites-nous quelques mots sur «Orlando ou l’impatience»?

C’est une pièce sous-titrée comédie, ce qui n’est pas entièrement faux! L’anecdote est simple: un jeune artiste demande à sa mère qui est son père. A chaque acte, elle en propose un différent, toujours dans un registre théâtral. C’est une manière de revenir sur trente ans de carrière. J’y dévoile tout mon système de pensée. Je me suis projeté à la fois dans ce fils et dans ces pères. Ils me ressemblent, dans leur extravagance.

La pièce dure 3 h 30 – ce qui n’est pas grand-chose comparé à certaines de vos créations! Mais tout de même, pourquoi ce choix de formats longs?

C’est vrai, pour les standards d’aujourd’hui, ce n’est pas court! Mais c’est le temps qu’il faut pour raconter une histoire, surtout lorsqu’il s’agit au départ d’un roman d’initiation, comme c’est le cas ici.

Aimez-vous revenir à Genève?

Toujours! J’ai une vraie histoire d’amour avec Genève, qui, comme Avignon, a fait de moi ce que je suis. J’y ai vécu parmi les plus belles heures de ma vie. C’est une fausse image que d’associer Genève aux banques et au chocolat. C’est une ville riche, cosmopolite, où l’Europe, paradoxalement, est la plus réalisée.

Le Conseil municipal s’apprête à voter sur le projet de Nouvelle Comédie. Qu’en pensez-vous?

Ce projet s’impose! Genève, avec son investissement culturel tellement fort, doit avoir un théâtre à sa hauteur. Je suis attaché à la Comédie actuelle mais pour monter Orlando ou l’impatience, j’ai dû couper dans le décor. Cette salle n’est plus aux normes d’exigences de la scène européenne.

Vit-on en Suisse une situation privilégiée en regard de la France, en termes de culture?

Vous faites le choix politique de faire de Genève une ville de culture. En France, beaucoup de villes ont décidé de renier ce choix. La nouveauté, c’est que cette décision vient de tous partis confondus. Les baisses de subventions ont lieu à l’échelon des villes. Si elles se désengagent, on va assister à un effondrement de la culture alors qu’elle représente 8 fois les bénéfices de l’industrie automobile. Cela me donne envie de taper du poing sur la table! Est-ce que la France peut déchoir à ce qui a fait sa grandeur pour gagner ici ou là des clopinettes, qui servent quelques fois à refaire les bureaux des conseils généraux?

Votre première édition d’Avignon a été marquée par différentes crises, notamment celle des intermittents. Rêvez-vous d’un été plus tranquille?

Non! Je souhaite la plus grande intranquillité au festival, mais axée, cette fois, sur l’artistique. Quant à moi, j’aimerais être davantage présent pour défendre les artistes que pour répondre aux menaces de mort des électeurs du Front national. (ndlr: Olivier Py avait menacé l’an dernier de quitter le festival ou de le délocaliser si Avignon passait en mains FN.) Un festival est le lieu de la parole libre, de l’indignation. C’est plus qu’un catalogue de spectacles.

Vous êtes très engagé politiquement. Les artistes devraient-ils l’être davantage?

Non, ce sont les citoyens qui ne s’engagent pas assez. On a laissé la politique aux politiques, ce qui est une mauvaise chose, puisque ce sont eux qui en font le moins. Ils s’occupent de leur carrière, de nommer leurs copains. Il faut que les citoyens retrouvent le chemin de l’engagement, sinon notre démocratie n’est qu’une parodie.

Orlando ou l’impatience d’Olivier Py, la Comédie, jusqu’au 26 avril. www.comedie.ch

(TDG)

Créé: 23.04.2015, 18h24

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La 69e édition d’Avignon

Comme l’an dernier, c’est en présence du magistrat en charge de la culture Sami Kanaan qu’Olivier Py a présenté à Genève sa 2e édition du Festival d’Avignon (4 au 25 juillet). La moitié de ces 47 spectacles provient de l’étranger – le Cairote Ahmed El Attar avec The Last Supper, le Russe Kirill Serebrennikov avec Les Idiots, d’après Lars von Trier.

Genève sera représentée par Hervé Loichemol, de la Comédie, qui montera Cassandre, de Christa Wolf, avec Fanny Ardant. Mariano Pensotti, qui avait charmé la Bâtie l’an dernier, sera de la partie. Valère Novarina présentera Le Vivier des noms alors qu’Olivier Py sera présent avec Hacia la alegría et Le Roi Lear, dans la cour d’honneur du Palais des Papes. Du Shakespeare, encore, avec le Richard III de Thomas Ostermeier et António e Cleópatra de Tiago Rodrigues. Quant à la fameuse cour, elle accueillera aussi Isabelle Huppert, qui lira Juliette et Justine, le vice et la vertu, d’après Sade. La République de Platon d’Alain Badiou sera déclinée sous forme de feuilleton philosophique. La danse sera présente avec Fatou Cissé (Dakar) ou Angelin Preljocaj. Sans oublier qu’Olivier Py a également mis l’accent sur le théâtre pour jeune public.

www.festival-avignon.com

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