L’objectif paradoxal du martien Martin Parr

Tableaux d’été 6/6Après cinq toiles de maîtres décryptées au jour le jour, place à la composition photographique selon le président de l’agence Magnum, infatigable scrutateur des plages de par le monde.

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Rien que cet été, il a publié deux albums et fait l’objet de trois expositions en Angleterre. C’est donc peu dire que le Britannique Martin Parr, 64 ans, natif d’Epsom, dans le Surrey, s’impose aujourd’hui, après trois grosses décennies de carrière, comme une star absolue dans le domaine de la photographie artistique mondiale.

Stations balnéaires. Malbouffe. Tourisme de masse. Classe ouvrière. Intérieurs kitsch. Immigration. Loisirs. Récemment, la culture de la rhubarbe. Prochainement, qui sait, une chronique du Brexit? Auteur d’un nombre incalculable de séries – chacune pléthorique –, qui portent sur toutes sortes de phénomènes causés par la mondialisation et le consumérisme, ce boulimique amasseur de documents sur une civilisation en déclin profite, par son succès au sein de l’«entertainment business», du système même qu’il révèle. Mais l’actuel président de la célèbre coopérative Magnum, autrefois commissaire général des non moins prestigieuses Rencontres Internationales de la Photographie d’Arles, ne craint pas la contradiction: il s’en rit comme du reste. «La grande force de la photo est d’être ouverte à l’ambiguïté»: ainsi vantait-il son médium il y a moins d’un an à nos confrères de 24 Heures, à l’occasion de son show Life’s a Beach organisé à Evian.

Le «regard étranger»

L’œil que pose Parr sur le monde ne se réclame d’aucun discours contestataire. Curieux et narquois, il se rapporte plutôt au «regard étranger» qu’a pu exploiter un Montesquieu dans ses Lettres persanes de 1721, afin de marquer son relativisme culturel tout en évitant la censure encourue par ses notations satiriques. Sauf qu’à l’heure de la globalisation, c’est sur la société planétaire que le photographe, en arpenteur extraterrestre, braque son viseur. «Rien n’est plus fascinant que d’imaginer comment d’autres gens nous voient», faisait-il récemment remarquer à un journaliste de son pays.

Dans cette optique, Parr ne recourt qu’à un minimum d’artifices. Jamais de retouches par Photoshop – même, jure-t-il, pour ses autoportraits. Aucune ingérence en vue de réarranger le décor. Et deux principes techniques de base: ne réaliser de clichés qu’en couleurs, désormais à l’aide de son Canon EOS 5D Mark III digital; et en éliminer les ombres naturelles par un «flash annulaire fixé autour de mon objectif, ce qui procure l’effet d’une lumière de studio et apporte beaucoup de réalisme au plat» – déclarait-il ce printemps à L’Express.

L’«instant décisif»

Le hasard de la vie et l’attention de l’observateur accompliront le restant du travail. C’est ce qu’Henri Cartier-Bresson, fondateur de l’agence Magnum en 1947, appelait «l’instant décisif», ce tableau spontané et fugace qu’il serait sacrilège de ne pas immortaliser. De ne pas signer, non plus, en y appliquant son cadrage particulier. De ne pas s’approprier, enfin, en y instillant son point de vue personnel. Ce dernier pourra exprimer l’effroi, l’admiration ou le simple constat. Dans le cas de l’insatiable ethnographe Martin Parr, il échantillonne avec une ironie pouvant friser la moquerie une humanité profondément ambivalente.

Créé: 12.08.2016, 16h47

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